Il y a des lieux qu’on aime. Des cercles qui nous nourrissent. Des chemins spirituels qui nous font vibrer. Et parfois, au cœur même de ces espaces sacrés, quelque chose se met à faire mal.
Pendant longtemps, j’ai cru — naïvement peut-être — que la sagesse consistait à laisser couler. À ne pas répondre. À supporter. À transcender. À me dire que si quelqu’un me cassait, me rabaissait, me piquait, alors c’était à moi d’être plus grande, plus calme, plus sage.
Pendant plusieurs années, j’ai fréquenté un groupe druidique. J’aimais profondément ces moments partagés, l’ambiance, la magie des rituels, la beauté des célébrations, la profondeur symbolique de cette voie. Il y avait là de la chaleur humaine, du sacré, du sens. J’y allais avec joie.
Mais dans ce cercle, il y avait aussi une personne. Une seule. Et cette personne, depuis près de cinq ans, me rabaissait, me cassait, me dévalorisait, de façon répétée, insidieuse, constante.
Pendant cinq ans, j’ai essayé de faire les choses “bien”. Je la laissais faire. J’ai eu répondu, mais elle devenait plus violente. J’ai alerté. J’en ai parlé à la druidesse à de nombreuses reprises. Elle en a parlé à cette personne. À chaque fois, ça se calmait un peu… puis ça recommençait. Encore. Et encore.
Cinq ans, c’est long, quand on porte en silence quelque chose qui use.
🌾 La parenthèse du deuil
Cet été, mon frère druide, Vincent, est décédé.
Dans cette période-là , quelque chose a changé. Cette personne s’est calmée. Peut-être parce que je pleurais dans ses bras. Peut-être parce qu’elle a senti que ce n’était pas le moment. Peut-être parce qu’il y a des douleurs qui imposent naturellement le silence.
Je l’en ai d’ailleurs remerciée.
Et pendant un temps, j’ai goûté à quelque chose de précieux : la paix.
Je l’ai vue être gentille plus longtemps que d’habitude. L’atmosphère était plus douce. Plus respirable.
Je me suis peut-être dit que c’était enfin réglé. Nous pouvions même discuter par téléphone des heures.
🌑 Décembre : la phrase de trop
Et puis, au rituel de décembre, elle m’a de nouveau cassée.
Là , quelque chose s’est brisé en moi.
Je me suis demandé :
Était-ce le contrecoup de la mort de Vincent ?
Étais-je encore en état dépressif, même si je me sentais en pleine forme ?
Ou était-ce simplement que… j’avais changé ?
Je crois aujourd’hui que j’avais surtout goûté à la paix.
Et une fois qu’on a goûté à la paix, on ne supporte plus la violence ordinaire.
Avant, j’encaissais.
Avant, je rationalisais.
Avant, je me disais que “c’était comme ça”.
Mais là … je ne pouvais plus.Â
🌾 Quand la sagesse ne doit pas devenir un sacrifice de soi
Un jour, à bout, j’ai posé une limite claire. Dans un message collectif, j’ai dit que je ne souhaitais plus être en relation avec cette personne, que pour moi, elle n’existait plus. Non pas par haine, mais par nécessité de me protéger.
La réaction a été douloureuse. On m’a expliqué que, “à cause de moi”, le rituel d’Imbolc ne pourrait pas se faire dans de bonnes conditions. Que “la sagesse”, c’était de discuter. Que si j’avais parlé directement à cette personne, elle aurait fait attention.
Mais j’avais parlé. Pendant cinq ans.
Et une question simple s’est imposée à moi :
Si même la druidesse, en tant que guide, n’avait pas réussi à faire changer cette situation, comment moi, seule, j’aurais pu y arriver ?
Et surtout :
Pourquoi la “sagesse” devrait-elle toujours consister à se taire, à encaisser, à se nier ?
À ce moment-là , j’ai compris quelque chose de fondamental :
Je portais, en silence, le poids du groupe sur mes épaules.
Alors j’ai fait un choix.
Je suis partie.
🔥 Partir, non pas par rejet… mais par respect de soi
Je ne suis pas partie parce que je n’aimais plus ce chemin.
Je ne suis pas partie par colère.
Je suis partie parce que je me suis choisie.
Je me suis dit : ainsi, ils pourront continuer leurs rituels en paix. Et moi, je n’aurai plus à me forcer à rester dans un endroit où, malgré la beauté, quelque chose m’abîme.
Étrangement, je me suis sentie bien. Calme. Soulagée. Et en même temps, je me suis demandé si je ne refoulais pas une colère, si ce bien-être n’était pas “trop facile”.
Alors j’ai décidé de célébrer Imbolc seule.
Chez moi. Avec un mix de trois rituel que j’avais. Dans la simplicitĂ©. Dans la vĂ©ritĂ©.
Et ça m’a fait un bien immense.
🌙 Le rêve : un message de l’âme
La nuit suivante, j’ai fait un rêve très parlant.
Je rêvais que je partais en voyage. Nous arrivions à destination : il y avait deux campings, vides, et je pensais qu’ils étaient fermés. En réalité, ils ouvraient justement le jour de notre arrivée.
Je m’installais avec des amis d’enfance que je n’avais pas vus depuis des années.
Le camping nous offrait un sachet de bonbons. Deux amis se les partageaient. Moi, je voyais qu’il semblait y en avoir plus dans leur sachet que dans le mien, mais finalement, ça ne me faisait rien.
Dans mon paquet, il y avait une sucette ronde bleue et un autre bonbon, encore emballé.
Je vais aux toilettes, j’ouvre la sucette, je vais pour la manger, puis je la pose sur le bord de l’évier. Quelqu’un me parle. Quand je reviens pour la reprendre, la sucette a touché l’évier. L’eau est pourtant claire, propre… mais je préfère la jeter à la poubelle.
Je regarde alors l’autre bonbon, encore emballé, intact. Et je m’apprête à l’ouvrir pour le manger.
🜂 Ce que j’ai compris
Ce rêve m’a bouleversée par sa justesse.
Le voyage, c’est le changement de cycle.
Le camping, c’est un lieu de transition.
Les amis d’enfance, ce sont des parts anciennes de moi.
Les bonbons, ce sont les nourritures émotionnelles et spirituelles.
La sucette, c’était ce que j’aimais dans ce groupe. C’était doux. C’était tentant. Mais quelque chose l’avait “souillée”. Même légèrement. Même symboliquement.
Et mon âme a dit :
“Non. Je ne prends plus ce qui n’est pas totalement juste pour moi.”
Alors je la jette.
Et je choisis l’autre bonbon. Celui qui est intact. Propre. Sain.
Ce rêve m’a confirmé une chose essentielle :
La sagesse n’est pas toujours de laisser couler.
Parfois, la sagesse, c’est de se retirer.
Parfois, le vrai chemin spirituel, ce n’est pas de rester.
C’est de partir.
🌱 Le vrai sens de cette étape
Je n’ai rien perdu.
J’ai changé de niveau de respect envers moi-même.
Je ne renonce pas au sacré.
Je renonce Ă me trahir pour appartenir.