Suite à mon précédent article sur l’accompagnement que je devais commencer début janvier, j’ai ressenti le besoin de poser des mots sur ce qui s’est réellement vécu.
Non pas pour accuser, mais pour témoigner.
Car parfois, avant même d’accompagner les autres, ce sont nos propres limites, nos valeurs et notre besoin de respect qui sont mis à l’épreuve.
Un commencement sans cesse reporté
À l’origine, j’aurais dû commencer les accompagnements en décembre.
Avec ma collègue, nous étions toutes les deux très motivées et impatientes. Pour ma part, j’étais prête à démarrer seule si nécessaire, ma collègue préférant commencer en janvier.
Mais le coordinateur m’a demandé d’attendre début janvier afin de nous présenter toutes les deux en même temps, même si nous devions intervenir dans deux unités différentes : elle en long séjour, moi en court séjour.
Fin décembre, n’ayant toujours pas de nouvelles, je le recontacte.
La réponse reste la même : « début janvier ».
Début janvier arrive.
Ma collègue, pensant que j’avais commencé, me contacte. Je lui explique que non, puisque le coordinateur avait souhaité que nous commencions ensemble.
Elle le contacte à son tour. La réponse est identique : « ça se fera début janvier ».
Le 5 janvier : enfin une date… puis à nouveau l’attente
Le 5 janvier, la présidente de l’association du Vaucluse — avec qui je collabore également pour la communication (flyers, supports, etc.) — me contacte pour me souhaiter la nouvelle année et me demander comment se passent les accompagnements.
Je lui réponds que je n’ai toujours pas commencé.
Surprise, elle appelle le coordinateur, qui lui indique qu’il voit la cadre le lendemain pour fixer une date.
Le lendemain, enfin, une date tombe :
jeudi, à 14h.
Après plus d’un an d’attente, depuis l’arrêt de la formation fin novembre, je me dis que cette fois, ça y est.
Mais dans l’après-midi, vers 16h, je reçois un mail groupé de la cadre indiquant que finalement, 14h ne sera pas possible. Elle propose deux créneaux : 13h30 ou 15h.
Le mail étant collectif, je réponds de la même manière, vers 18h, en indiquant que 13h30 me convient et cela m’arrange.
Je suis la seule à répondre.
Personne d’autre ne se manifeste.
À 20h, le coordinateur m’écrit en privé :
« La cadre ne sera finalement disponible qu’à 15h. Est-ce bon pour toi ? » Omettant de dire qu’elle propose 13h30
Je lui réponds que j’ai déjà donné mon accord à 13h30, par mail groupé.
Sa réponse me heurte :
« Il aurait été bien de se concerter un peu avant. Il faut penser collectif. »
Je lui explique que le mail était collectif, que j’y ai répondu, et que chacun était libre de faire de même.
Il insiste :
« Il faut penser collectif, Émilie. Que sais-tu des disponibilités des autres ? »
J’appris plus tard que sur cinq personnes, nous étions déjà trois à préférer l’horaire de 13h30. Ma collègue, la cadre et moi même.
Le coordinateur préférait 15h car il y a le goûter à 16h des résidents, qui peut être servit aussi aux accompagnants . Il nous avait dit en être friand.
Quand le mot “collectif” devient source de tension
C’est à ce moment-là que quelque chose s’est rompu en moi.
Car pour moi, le collectif, c’est la transparence, la parole partagée, la réponse visible par tous.
Or, j’étais la seule à avoir répondu à un mail collectif, pendant que le coordinateur s’arrangeait à sa sauce par échanges en privé, sans que l’on en sois informée, pour finalement m’interpeller le soir même.
Je l’ai exprimé clairement :
le collectif ne peut pas exister si les décisions se prennent hors du groupe, sans consultation, et si l’on reproche ensuite à quelqu’un d’avoir répondu… là où on lui a demandé de répondre.
Une blessure plus profonde que l’organisation
Énervée et profondément touchée, j’écris à la présidente ce soir-là, lui demandant si je suis réellement obligée de passer par une présentation officielle pour accompagner, ou si je peux intervenir directement.
Ce qui m’a blessée n’est pas le changement d’horaire.
C’est le sentiment de ne plus être respectée.
De passer, en un instant, de personne engagée à « non collective », simplement pour avoir répondu à un mail.
J’ai déjà accompagné par le passé. J’ai suivi la formation.
Et là où auparavant je me sentais reconnue, je ne l’étais plus.
Quand l’élan se retire pour se préserver
Le lendemain, la présidente me propose une réunion avec le coordinateur pour parler de ce qui m’a blessée. J’accepte, même si la colère est encore là.
Mais j’apprends que mon entrée est finalement différée, sans que j’en sois informée directement.
En échangeant avec ma collègue, j’apprends qu’elle n’a jamais parlé de moi au coordinateur, contrairement à ce qui m’avait été rapporté. Elle est gênée, presque en porte-à-faux, face à une situation qu’elle ne comprend pas non plus.
À ce moment-là, je prends une décision intérieure :
je préfère être seule et alignée, plutôt qu’intégrée dans un collectif où je ne me sens pas respectée.
Je remercie l’association pour la formation, propose de rester en soutien administratif et en communication, mais décide de ne plus faire les accompagnements sous ce cadre-là.
Je ne suis pas bénévole pour être rabaissée. Je suis là pour accompagner, pas pour me faire maltraiter.
Une nouvelle porte qui s’ouvre
Finalement, après discussion, une autre proposition arrive : un EHPAD tout près de chez moi.
J’accepte.
Le vendredi, un rendez-vous est fixé.
Le lundi suivant, je commence les accompagnements dans une petite structure proche, à deux personnes seulement,une autre bénévole de Jalmalv et moi même.
Et là, je ressens à nouveau de la joie.
De la simplicité.
Du sens.
Je comprends aussi que ce passage, aussi inconfortable soit-il, n’était pas inutile. Ma rencontre avec le coordinateur a entraîner l’ouverture d’un groupe WhatsApp pour fluidifier la communication.
Je pars maintenant vers cet EHPAD.
Alignée. Apaisée.
La suite… au prochain épisode, pour commencer un accompagnement en EPHAD.