L’instruction en famille (IEF) est bien plus qu’un mode d’apprentissage.
C’est une expérience de vie. Une parenthèse hors du cadre classique. Une aventure humaine qui transforme autant les enfants… que les parents.
L’IEF a été pour mes enfants une véritable parenthèse. Une parenthèse de liberté, d’autonomie et de construction intérieure.
Aujourd’hui, de moins en moins de familles choisissent l’IEF, notamment depuis les évolutions législatives récentes. Pourtant, ce chemin reste profondément structurant lorsqu’il est vécu en conscience.
Je vous partage ici mon expérience de mère… et de thérapeute.
Une parenthèse dans la vie de mes enfants
Pour nous, ce n’était pas un rejet de l’école.
C’était un choix d’adaptation, de rythme, de respect de leur personnalité.
L’IEF permet cela :
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avancer plus vite quand l’enfant est prêt
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ralentir quand il en a besoin
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approfondir ses centres d’intérêt
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préserver sa confiance
Une scolarité différente, mais exigeante
Mon fils a suivi l’instruction en famille de la sixième jusqu’au baccalauréat, obtenu à 16 ans avec mention.
Ma fille a choisi l’IEF de la troisième jusqu’au bac, également obtenu avec mention.
Ils ont passé le brevet et le bac comme tout le monde.
Simplement à leur rythme.
L’instruction en famille ne signifie pas absence de travail.
Au contraire : elle demande organisation, implication et rigueur.
Chaque année, j’ai pris des cours pour eux :
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anglais
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espagnol
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chinois
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puis, selon les besoins : français, philosophie, mathématiques
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physique-chimie pour mon fils
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spécialités adaptées à leur parcours
Je référençais dans le groupe facebook que j’avais créé des enseignants qui proposaient des cours en visio à 5 € de l’heure en groupe.
En plus des sorties, activités (visites de musées, cours, ateliers,…) qu’ils avaient.
L’IEF demande un investissement, parfois financier, toujours personnel.
Apprendre autrement : autonomie et excellence
Au départ, ma priorité était l’apprentissage des langues.
J’avais engagé un professeur d’anglais.
Puis j’ai structuré le groupe afin de répertorier des enseignants proposant des cours en visio à 5 € de l’heure par enfant en groupe. Le groupe était exclusivement dédié aux familles en IEF.
Lorsque mes enfants ont obtenu leur bac, j’ai élargi le groupe sous le nom « Enseignants et cours en visio », afin que même les jeunes retournés dans le système scolaire puissent continuer à bénéficier d’un soutien si nécessaire. Ce groupe est aussi ouvert aux parents qui souhaitent prendre des cours. En informatique il y avait une maman qui prenait des cours.
L’IEF développe :
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l’autonomie
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la responsabilité
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l’organisation
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la maturité
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la confiance en soi
Et les résultats académiques peuvent être au rendez-vous.
mportance du lien social : casser un mythe
Contrairement aux idées reçues, l’instruction en famille n’est pas synonyme d’isolement.
La première année, j’ai créé un groupe Facebook dans mon département car il n’en existait pas. Le besoin de lien était essentiel. Très vite, des familles se sont rencontrées, organisant :
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sorties culturelles
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balades nature
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ateliers pédagogiques
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rencontres hebdomadaires
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groupes de travail
Je me suis liée d’amitié avec l’administratrice d’un groupe des Bouches-du-Rhône. Les années passent, et le lien demeure.
L’IEF crée des réseaux solides, souvent très soutenants.
Entre 2020 et 2023, le nombre de familles en IEF a fortement augmenté. Les activités étaient nombreuses, les liens solides. Cette période a montré quelque chose d’essentiel :
Les familles en instruction en famille savent s’organiser, s’adapter et créer du lien, même dans des contextes complexes.
Contrairement aux idées reçues :
L’instruction en famille n’empêche pas la sociabilisation.
Elle la transforme.
Les enfants ne sont pas en compétition permanente.
Ils apprennent à coopérer, à dialoguer, à résoudre les conflits.
Aujourd’hui cependant le groupe que j’ai créé, depuis que je ne propose plus rien, s’est éteint.
Développer les passions et la personnalité
L’IEF a permis à mes enfants de développer leurs talents.
Ma fille s’est orientée vers l’art et le manuel :
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verrerie
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couture
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vannerie
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poterie
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peinture sur porcelaine
Elle a réussi le concours d’entrée aux Beaux-Arts, après passage devant jury. Elle était sur liste d’attente et a finalement été admise.
Mon fils, passionné d’informatique, a eu un professeur dédié.
Aujourd’hui, il travaille en service civique en informatique. Il accompagne des personnes en difficulté numérique, avec patience et pédagogie.
Il forme des personnes âgées, parfois en situation de handicap.
Il répète, explique, s’adapte.
L’IEF lui a appris la patience, l’écoute et le respect des différences.
Autonomie et maturité
Les enfants en instruction en famille développent souvent :
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une grande autonomie
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une capacité d’organisation
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une maturité relationnelle
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une confiance en eux
Ils savent ce qu’ils veulent… et ce qu’ils ne veulent pas.
Mes enfants ont connu l’école publique, l’école privée et l’IEF.
Ils ont pu comparer.
Ils ont choisi.
Instruction en famille et compétition scolaire
Le système scolaire repose beaucoup sur la notation et la comparaison.
En IEF, l’apprentissage sort de cette logique de compétition.
La question n’est plus :
« As-tu assez travaillé ? »
Mais plutôt :
« Comment t’aider à comprendre ? »
Changer de regard transforme profondément la confiance d’un enfant.
IEF et résilience émotionnelle
Pendant les années 2020–2023, mes enfants n’ont pas vécu le stress ambiant avec la même intensité que beaucoup d’autres.
Ils ont continué à voir du monde, à sortir, à apprendre, à vivre.
L’environnement émotionnel joue un rôle majeur dans le développement d’un adolescent.
L’IEF aujourd’hui : un choix plus encadré
Aujourd’hui, l’instruction en famille est plus réglementée et nécessite une autorisation.
Je ne l’ai jamais demandé, par choix. Je déclarais l’instruction en famille, mais ne remplissais pas leur autorisation.
Je ne demandais pas d’autorisation d’instruire en famille, car je me basais sur le code constitutionnel et le code civil , où c’est le parent qui a autorité et agit pour le bien être de l’enfant.
L’autorisation repose sur le code de l’éducation. Il n’est mentionné nulle part dans le code de l’éducation le choix et le bien être de l’enfant, ni l’autorité parentale.
Pour mes enfants, l’autorités parentales c’était moi et personne d’autre. Cela nous a valu une garde a vu, mais avec soutient de la gendarmerie : https://emiliespirit.fr/notre-garde-a-vue-de-2023/
Pourtant, au-delà de l’aspect administratif, la question essentielle reste :
Quel environnement permet à mon enfant de grandir en sécurité intérieure ?
Beaucoup de parents hésitent, notamment au collège et au lycée, où les matières deviennent plus complexes.
Certaines familles choisissent des alternatives comme des programmes internationaux basés sur les passions de l’enfant, parfois payants (Clonlara).
Chaque famille doit trouver son équilibre.
Ce que l’IEF m’a appris en tant que thérapeute
En tant que thérapeute, j’observe que la question scolaire touche souvent à :
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la confiance en soi
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la pression familiale
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les loyautés invisibles
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la peur de l’échec
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la comparaison
L’instruction en famille peut être, pour certaines familles, un espace de reconstruction.
Ce n’est pas une solution universelle.
Mais c’est une possibilité.
Conclusion
L’instruction en famille n’est ni meilleure ni moins bonne que l’école.
Elle est différente.
Elle demande un engagement, une présence, une responsabilité, une adaptation.
Mais elle peut révéler la passion, la maturité et la liberté intérieure d’un enfant.
L’instruction en famille n’est pas un repli.
C’est une autre manière de grandir.
Pour ma famille, ce fut une parenthèse riche, structurante, profondément humaine.
Et peut-être que derrière la question scolaire se cache parfois une question plus intime :
celle du rythme, du lien et de la confiance.
Comment permettre à un enfant de devenir pleinement lui-même ?