Comme je l’expliquais dans mon article précédent, j’ai eu l’honneur d’être invitée au congrès de JALMALV à Strasbourg.
Et honnêtement… ce fut un week-end intense.
Intense humainement. Intense émotionnellement. Intense intellectuellement aussi.
Un week-end rempli de rencontres, d’informations, de joie, de nourriture pour le corps… mais surtout de nourriture pour l’esprit et de questionnements profonds.
Les Strasbourgeois de l’association ont organisé un congrès absolument excellentissime. Le thème était passionnant :
« Mourir… et après ? »
Un sujet immense. Fascinant. Universel.
Pour remettre un peu dans le contexte, JALMALV signifie : Jusqu’à la mort accompagner la vie.
C’est une association de bénévoles qui accompagnent les personnes en fin de vie ainsi que leurs proches.
Nous étions donc tous réunis avec un même objectif : nous enrichir humainement, émotionnellement et intellectuellement autour de ces questions si profondes que sont la mort, l’accompagnement, le deuil et parfois aussi… ce qu’il peut y avoir après.
Nous avons rencontré des bénévoles venus d’un peu partout : de la Drôme, de Strasbourg bien évidemment, de Saint-Étienne, d’Eure-et-Loir et de beaucoup d’autres régions encore.
Dès le vendredi soir, l’ambiance était donnée.
La conférence de 20h, ouverte au public, affichait complet. La salle était pleine à craquer au point qu’ils ont dû ouvrir une autre salle. Et cela a été pareil pendant les trois jours.
L’avantage de cette salle, c’est qu’elle ressemblait aussi à une salle de cours, avec des bureaux. C’était très confortable pour prendre des notes, réfléchir, écouter.
Le vendredi soir, nous avons commencé avec Reza Moghaddassi, professeur de philosophie, qui intervenait sur :
« Ce que mourir enseigne aux vivants »
Un vaste sujet qu’il a développé avec énormément de profondeur et d’humanité.
Le samedi matin, à 9h — oui, le congrès commençait très tôt et finissait tard, pour vous dire à quel point le week-end était intense — nous avons assisté à la conférence :
« Ces questions qui font de la mort un mystère »
animée par Xavier Mattelaer, médecin responsable des services de soins palliatifs à Strasbourg.
Et cette conférence m’a particulièrement touchée.
J’ai toujours pensé que certaines personnes choisissaient leur moment pour mourir. Son témoignage, en tant que médecin, est venu renforcer ce sentiment chez moi.
Bien sûr, il n’a pas affirmé que cela était scientifiquement prouvé. Mais il a expliqué qu’il était possible de le penser, au vu de certaines situations vécues auprès des patients.
Et j’aime profondément quand des médecins restent ouverts à ces sujets-là.
Sa conférence était extrêmement détaillée, avec des tableaux, des graphiques, des explications précises et accessibles.
Après cela, nous avons eu une pause. Et honnêtement, les pauses faisaient presque partie de l’expérience à elles seules.
Nous avions des collations alsaciennes délicieuses : du Schorle — ce mélange d’eau gazeuse et de jus de pomme — du kouglof, des thés, cafés, lait, jus de pomme…
Un vrai moment chaleureux entre bénévoles.
Puis nous avons participé à un atelier très original intitulé :
« Ma mort et moi »
Par ordre alphabétique, nous avons été répartis dans plusieurs salles par petits groupes d’une vingtaine de personnes.
Et là, nous avons dû répondre à des questions autour… de notre propre mort.
C’était profondément intéressant.
Cela m’a permis de réfléchir à la mienne.
Beaucoup expliquaient qu’ils ne voudraient pas mourir amoindris, pour ne pas être un poids pour leur famille.
Et moi, je me suis rendu compte que je ne voyais pas les choses ainsi.
Parce que j’ai accompagné ma grand-mère. J’ai accompagné ma mère aussi.
J’ai aidé physiquement, émotionnellement, humainement. Oui, parfois il fallait nettoyer, aider pour des gestes intimes, essuyer, soutenir.
Mais jamais je ne les ai considérées comme un poids.
Pour ma grand-mère, je l’ai fait avec énormément de tendresse.
Pour ma mère, je l’ai fait parce qu’au fond, elle aurait fait exactement la même chose pour moi. Après tout, lorsqu’on est enfant, ce sont nos parents qui prennent soin de nous jusqu’à ce que nous soyons autonomes.
Et je crois qu’aujourd’hui, si je suis accompagnante bénévole, c’est aussi parce que j’ai accompagné ma mère et ma grand-mère jusqu’à leur mort.
Et avec le recul, des années plus tard, on ne se souvient pas des gestes difficiles.
On se souvient surtout de leur présence.
L’après-midi, nous avons eu Marie-Frédérique Bacqué avec le thème :
« Pourquoi avons-nous besoin de rites ? »
Bien évidemment, elle a évoqué la période du Covid, où beaucoup n’ont pas pu accompagner leurs proches, ni même assister correctement aux enterrements à cause des restrictions.
Des blessures qui sont encore présentes chez énormément de personnes.
Puis nous avons enchaîné directement avec Delphine Moreau Plachy et son intervention :
« Quand le virtuel s’en mêle… »
Et honnêtement, le sujet était passionnant.
Elle parlait des comptes Facebook et réseaux sociaux qui restent ouverts après la mort, des messages laissés aux défunts, des souvenirs numériques qui continuent d’exister.
Et finalement, cela questionne énormément notre manière moderne de vivre le deuil.
Le soir, nous avons eu Evelyn Elsaesser, auteure et conférencière de Genève, qui travaille depuis longtemps sur les témoignages de contacts avec les défunts.
Son sujet portait sur :
« Les vécus subjectifs de contact avec les défunts »
Autant dire un sujet captivant pour beaucoup d’entre nous.
Le soir, nous avons également partagé le dîner de gala, avec un repas presque gastronomique.
Puis malheureusement, le lendemain, nous avons eu un problème de train et nous avons dû repartir plus tôt.
Nous avons donc manqué la dernière journée du congrès, ce qui nous a toutes beaucoup frustrées.
J’attend avec impatience la retransmission prévue sur le site de JALMALV, car il y avait notamment l’intervention de Marie-Laure Ruiz Maugis :
« Comment l’art peut nous aider à apprivoiser la mort »
Une conférence que beaucoup d’entre nous voulaient voir.
La dernière réflexion du congrès devait également porter sur :
« En quoi mon regard sur la mort a changé pendant ce congrès ? Quels mots pour le dire ? »
Et je trouve cette question magnifique.
Parce qu’au fond, ce week-end ne parlait pas seulement de la mort.
Il parlait surtout de la vie.
De présence. D’accompagnement. D’amour. D’humanité. De souvenirs. De transmission.
J’ai adoré ce week-end.
Pour les rencontres.
Pour les thèmes abordés avec des spécialistes passionnants.
Pour les moments de rire avec les copines.
Pour cette impression d’avoir vécu quelque chose d’intense et de profondément humain.
Nous sommes revenues fatiguées… mais avec des souvenirs plein la tête.
JALMALV ne fait aucun prosélytisme. Aucune religion imposée. Aucun discours orienté.
Simplement des réflexions ouvertes sur la fin de vie, la mort, l’accompagnement, le deuil… et parfois ce qu’il peut y avoir après.
Qu’on y croit ou non, ce congrès a ouvert des portes de réflexion.