Une famille marquée par les deuils, la maladie, la création et les destins interrompus
La famille Brontë est l’une des familles littéraires les plus célèbres du XIXᵉ siècle. Charlotte Brontë, Emily Brontë et Anne Brontë sont devenues célèbres, mais leur histoire familiale commence bien avant leur reconnaissance littéraire.
Leur histoire est surtout celle d’une famille confrontée à la mort, aux maladies, à la séparation, à l’absence maternelle, aux deuils répétés et à une extraordinaire transformation de la souffrance en création.
Le Brontë Parsonage Museum souligne lui-même que les deux sœurs aînées sont mortes très jeunes après leur passage à Cowan Bridge, que leur mère est morte alors que les enfants étaient encore très jeunes, puis que Branwell, Emily et Anne sont morts à leur tour avant Charlotte.
1. L’arbre familial
HUGH BRONTË
│
ELINOR ALICE
│
PATRICK BRONTË
17/03/1777 – 07/06/1861
│
│ mariage
│ 29/12/1812
│
MARIA BRANWELL
23/04/1783 – 15/09/1821
│
┌─────────────────┼────────────────────────┐
│ │ │
Maria Brontë Elizabeth Brontë Charlotte Brontë
23/04/1814 08/02/1815 21/04/1816
06/05/1825 15/06/1825 31/03/1855
│
│
Branwell Brontë Emily Brontë Anne Brontë
26/06/1817 30/07/1818 17/01/1820
24/09/1848 19/12/1848 28/05/1849
Après la mort de Maria, sa sœur Elizabeth Branwell, appelée « Aunt Branwell », vient vivre auprès des enfants et participe à leur éducation jusqu’à sa propre mort en 1842.
2. Patrick Brontë — le père
Patrick Brontë
- Naissance : 17 mars 1777
- Lieu : Imdel/Emdale, comté de Down, Irlande
- Mariage : 29 décembre 1812
- Épouse : Maria Branwell
- Décès : 7 juin 1861
- Âge : 84 ans
- Profession : pasteur anglican, écrivain
- Six enfants.
Patrick est issu d’une famille très pauvre d’Irlande et devient pourtant étudiant à Cambridge puis prêtre. Les sources biographiques rapportent également qu’il souffrait depuis longtemps de problèmes digestifs, qu’il attribuait notamment aux privations alimentaires de son enfance.
Élément psychogénéalogique
Chez Patrick, on peut observer un parcours de transformation sociale très important :
pauvreté → instruction → religion → ascension sociale → transmission intellectuelle.
Il devient ensuite le père d’une famille où presque tous les enfants vont transformer leur monde intérieur en écriture.
Il y a donc une transmission extrêmement forte autour de :
- l’écriture ;
- la religion ;
- l’imaginaire ;
- l’éducation ;
- la connaissance ;
- la recherche d’une autre place sociale.
Mais Patrick porte aussi une histoire de pertes successives.
Il perd :
- son épouse en 1821 ;
- ses deux filles aînées en 1825 ;
- son fils en 1848 ;
- Emily en 1848 ;
- Anne en 1849 ;
- Charlotte en 1855.
Il devient finalement le survivant de presque toute sa famille proche.
Dans une lecture de constellation, cette position est très importante.
Hypothèse de constellation
On pourrait représenter Patrick comme :
« celui qui reste »
alors que les autres partent.
Cela peut symboliquement créer une dynamique familiale extrêmement particulière :
« Je dois continuer. »
3. Maria Branwell Brontë — la mère
Maria Branwell
- Naissance : 23 avril 1783
- Mariage : 29 décembre 1812
- Patrick a alors 35 ans environ.
- Décès : 15 septembre 1821
- Âge : 38 ans.
- Six enfants.
Maria tombe gravement malade en 1821. Une date de diagnostic de cancer est traditionnellement donnée au 21 janvier 1821. Les sources modernes parlent généralement d’un cancer, souvent identifié comme un cancer de l’utérus, mais il faut rester prudent sur le diagnostic exact, les moyens médicaux de l’époque étant limités.
Patrick écrit ensuite que sa femme avait été gravement malade dès le 29 janvier et qu’il avait vécu pendant plusieurs mois dans l’attente de sa mort.
Elle meurt alors que :
- Maria a environ 7 ans ;
- Elizabeth 6 ans ;
- Charlotte 5 ans ;
- Branwell 4 ans ;
- Emily 3 ans ;
- Anne seulement 1 an.
C’est un événement fondateur.
Anne n’a pratiquement aucun souvenir conscient de sa mère.
Emily et Anne sont encore toutes petites.
La famille passe donc très rapidement de :
famille avec mère → famille sans mère.
4. Elizabeth Branwell — la tante qui devient une figure maternelle
Elizabeth Branwell
- Naissance : 2 décembre 1776
- Sœur de Maria.
- Décès : 29 octobre 1842
- Âge : 65 ans.
- Elle ne se marie pas.
- Elle quitte Penzance pour rejoindre la famille après la mort de sa sœur.
Elizabeth devient la femme qui prend en charge une grande partie de la vie quotidienne des enfants.
Elle leur apprend notamment :
- la lecture ;
- l’écriture ;
- les travaux manuels ;
- la couture ;
- la broderie ;
- certaines connaissances scolaires.
Elle reste auprès de la famille jusqu’à sa mort en 1842.
Lecture en constellation
C’est une place extrêmement intéressante :
la sœur de la mère prend la place laissée vide par la mère. Elle se sacrifie.
Mais elle n’est pas la mère.
On pourrait donc avoir symboliquement :
Maria
│
X décès
│
Elizabeth Branwell
│
└── prend soin des enfants
Cela crée une configuration où la fonction maternelle continue d’exister, mais par l’intermédiaire de la sœur de la défunte.
En psychogénéalogie, c’est une donnée importante à observer.
5. Maria Brontë — la première enfant
Maria Brontë
- Naissance : 23 avril 1814
- Décès : 6 mai 1825
- Âge : 11 ans.
- Aînée des enfants.
Elle est envoyée à Cowan Bridge avec Elizabeth.
Elle y souffre de mauvaises conditions de vie et tombe gravement malade. Elle est retirée de l’école le 14 février 1825 et revient à Haworth. La tuberculose est généralement donnée comme cause de sa mort. Elle meurt le 6 mai 1825.
Point majeur
Sa mort intervient seulement 3 ans et 8 mois environ après celle de sa mère.
Et surtout :
Maria meurt avant d’avoir atteint l’âge adulte.
6. Elizabeth Brontë — deuxième enfant
Elizabeth Brontë
- Naissance : 8 février 1815
- Décès : 15 juin 1825
- Âge : 10 ans.
Elle est elle aussi envoyée à Cowan Bridge.
Elle tombe malade et est ramenée à Haworth le 31 mai 1825.
Elle meurt seulement 40 jours environ après Maria, le 15 juin 1825.
C’est un élément extrêmement important pour la constellation :
Deux enfants meurent à quelques semaines d’intervalle.
La famille subit donc :
1821 : mort de la mère
puis
1825 : mort de Maria
puis
1825 : mort d’Elizabeth
avec seulement quelques semaines entre les deux derniers décès.
7. Charlotte Brontë
Charlotte Brontë
- Naissance : 21 avril 1816
- Mariage : 29 juin 1854
- Époux : Arthur Bell Nicholls
- Décès : 31 mars 1855
- Âge : 38 ans.
Charlotte est donc :
- la troisième enfant ;
- la fille aînée survivante ;
- celle qui devient progressivement une figure centrale de la fratrie.
Elle connaît notamment l’expérience traumatisante de Cowan Bridge avec ses sœurs.
Elle part ensuite étudier à Roe Head.
Elle travaille comme enseignante puis gouvernante.
Elle séjourne également à Bruxelles, expérience qui aura une grande influence sur son œuvre.
Arthur Bell Nicholls
Arthur arrive à Haworth en mai 1845 comme vicaire de Patrick.
Il demande Charlotte en mariage le 13 décembre 1852.
Après une période difficile, le mariage a lieu le 29 juin 1854.
Charlotte tombe enceinte après son mariage.
Sa santé se dégrade avec :
- nausées ;
- vomissements ;
- évanouissements ;
- faiblesse importante.
Elle meurt le 31 mars 1855, moins d’un an après son mariage.
La cause exacte reste discutée : la tradition a longtemps parlé de tuberculose, mais les recherches modernes privilégient notamment une complication de grossesse, avec hyperemesis gravidarum parmi les hypothèses. Le Brontë Parsonage Museum indique aujourd’hui qu’elle serait probablement morte de complications liées à la grossesse.
Point psychogénéalogique très fort
Charlotte meurt à 38 ans.
Sa mère Maria était elle aussi morte à 38 ans.
C’est précisément le type de répétition d’âge qui peut être relevé dans une étude psychogénéalogique.
Anne Ancelin donne le cas d’une femme ayant un cancer au même âge où sa mère meurt. La femme ayant pris conscience de cela guérit du cancer.
Branwell Brontë — le fils unique, l’amour impossible et la chute
Patrick Branwell Brontë
- Naissance : 26 juin 1817
- Décès : 24 septembre 1848
- Âge au décès : 31 ans
- Mariage : aucun
- Profession : peintre, portraitiste, écrivain, précepteur
- Place dans la fratrie : cinquième enfant et seul garçon
Branwell occupe une place très particulière dans la famille Brontë. Il est le seul garçon au milieu de cinq filles. Il porte également le prénom de son père, Patrick, puisqu’il se prénomme officiellement Patrick Branwell Brontë.
Cette place de fils unique peut être particulièrement intéressante à observer dans une lecture psychogénéalogique : il est le seul représentant masculin de sa génération dans la fratrie et peut symboliquement être regardé comme celui qui doit assurer une forme de continuité masculine.
Pourtant, son parcours va progressivement s’effondrer.
Thorp Green : une rencontre qui va bouleverser sa vie
En janvier 1843, Branwell accepte un poste de précepteur à Thorp Green, près de York, auprès de la famille du révérend Edmund Robinson.
Un élément particulièrement important est qu’Anne Brontë travaille déjà dans cette maison comme gouvernante.
Pendant les premiers mois, tout semble bien se passer. Charlotte écrit même que Branwell et Anne sont tous deux très appréciés dans leurs emplois respectifs.
Mais Branwell va tomber profondément amoureux de Lydia Gisborne Robinson, l’épouse du révérend Edmund Robinson.
Lydia est une femme plus âgée que lui, d’environ quinze ans. La recherche de la mère inconsciemment.
Branwell développe pour elle une passion extrêmement forte. Il écrit à un ami et lui fait comprendre que cette femme occupe une place considérable dans ses pensées. Il lui aurait notamment envoyé une mèche de ses cheveux, signe de l’intensité de son attachement.
Il ne s’agit donc pas simplement d’une attirance passagère.
Branwell semble avoir imaginé un véritable avenir avec elle.
Une relation impossible
La situation est particulièrement complexe :
Lydia est mariée.
Branwell espère néanmoins que cette relation pourra un jour aboutir à un mariage, après la mort de son mari.
En juillet 1845, Branwell est renvoyé de son poste.
Charlotte apprend que son renvoi serait directement lié à ses agissements envers Mme Robinson. Edmund Robinson lui ordonne de couper définitivement toute communication avec la famille.
Branwell revient alors au presbytère de Haworth.
Mais son histoire avec Lydia ne s’arrête pas immédiatement.
Après son renvoi, il continue à recevoir pendant plusieurs mois de petites sommes d’argent provenant de Thorp Green et envoyées par Mme Robinson elle-même.
Cette continuité entretient probablement chez Branwell l’espoir que cette relation puisse un jour devenir officielle.
1846 : l’espoir d’un mariage
Un an après son retour à Haworth, Branwell apprend la mort d’Edmund Robinson.
Cette nouvelle représente pour lui un immense espoir.
Il pense désormais que l’obstacle qui empêchait son mariage avec Lydia a disparu.
Il écrit à son ami Leyland qu’il espère devenir prochainement l’époux de la femme qu’il aime le plus au monde.
Pour Branwell, quelque chose semble enfin devenir possible :
l’homme marié disparaît → la femme devient veuve → Branwell espère prendre sa place.
Mais cet espoir va être brutalement détruit.
Lydia Robinson refuse de l’épouser
Une fois devenue veuve, Lydia Robinson ne souhaite pas épouser Branwell.
Il semblerait que dans le testament, le mari de Lydia lance l’ultimatum de ne pas donner l’héritage si elle se marit avec Branwell.
Elle refuse donc la perspective de mariage qu’il avait imaginée.
Pour Branwell, cette déception semble constituer un tournant majeur.
Il avait perdu :
- son emploi ;
- sa place sociale ;
- ses perspectives professionnelles ;
- l’espoir de construire une vie avec Lydia ;
- puis l’espoir de l’épouser après la mort de son mari.
C’est à la suite de cette période que son existence va connaître une dégradation particulièrement importante.
La chute
Après cet échec amoureux, Branwell sombre progressivement dans :
- l’alcoolisme chronique ;
- la dépendance aux opiacés ;
- les dettes ;
- l’instabilité ;
- une dégradation physique et psychologique importante.
Il revient vivre au presbytère de Haworth.
Il cherche du travail sans parvenir à retrouver une situation stable.
Il continue pourtant à écrire de la poésie et à travailler sur ses propres projets littéraires.
Certains de ses poèmes sont publiés dans des journaux locaux sous le pseudonyme Northangerland.
Mais son comportement devient progressivement de plus en plus difficile à supporter pour sa famille.
L’incendie du lit
Un épisode particulièrement marquant survient vers la fin de sa vie.
Branwell met le feu à son propre lit.
Son père, Patrick, doit alors dormir avec lui afin d’assurer sa sécurité et celle de la maison.
Cet événement montre à quel point son état s’est dégradé.
On n’est plus simplement face à un homme ayant connu un échec professionnel ou sentimental : son comportement devient désormais dangereux pour lui-même et pour son entourage.
Vers la fin de sa vie, Branwell envoie même des billets à un ami pour lui demander quelques pence afin d’obtenir du gin.
Une place difficile dans la famille
Charlotte est profondément affectée par le comportement de son frère.
Elle le considère comme responsable d’une partie de ses propres malheurs et exprime dans ses lettres son indignation devant son comportement.
Mais la situation peut également être regardée autrement dans une lecture systémique.
Branwell est :
le seul garçon.
Il est :
le fils du père.
Il porte :
le prénom de son père.
Et il devient progressivement :
celui qui échoue.
Pendant ce temps, ses trois sœurs survivantes — Charlotte, Emily et Anne — vont réussir à transformer leur monde intérieur en littérature.
Cette opposition est particulièrement frappante :
Le frère se désorganise tandis que les sœurs créent.
Branwell et ses sœurs
Branwell n’est pourtant pas extérieur au monde créatif de ses sœurs.
Enfants, Charlotte, Branwell, Emily et Anne inventent ensemble des univers imaginaires.
Branwell participe donc pleinement à cette créativité familiale.
Il peint.
Il écrit.
Il invente.
Il possède lui aussi un monde intérieur riche.
Mais contrairement à ses sœurs, il ne parvient pas à transformer durablement cette créativité en reconnaissance et en stabilité.
Ses sœurs publieront finalement leurs œuvres sous les pseudonymes :
- Currer Bell pour Charlotte ;
- Ellis Bell pour Emily ;
- Acton Bell pour Anne.
Branwell meurt en 1848.
Charlotte écrira qu’il est mort sans savoir que ses sœurs avaient publié une seule ligne.
Cependant, certains témoignages laissent penser qu’il aurait pu avoir connaissance, au moins partiellement, de leur publication et même se vanter auprès de certaines personnes du succès de Charlotte.
La question de la femme inaccessible
Pour une lecture psychogénéalogique, l’histoire de Lydia Robinson mérite une attention particulière.
Branwell choisit une femme :
plus âgée que lui, mariée et inaccessible.
Il espère ensuite que la disparition de son mari permettra leur union.
Mais lorsque l’obstacle disparaît réellement, la femme ne le choisit pas.
On peut alors observer symboliquement une succession :
désir → attente → espoir → obstacle → disparition de l’obstacle → refus → effondrement.
Ce schéma est particulièrement intéressant à explorer en constellation.
Il ne faut toutefois pas affirmer que le refus de Lydia « a causé » son alcoolisme. L’alcoolisme et la dépendance aux opiacés sont des phénomènes complexes. En revanche, la chronologie permet de considérer cette rupture affective comme un événement majeur dans sa trajectoire personnelle.
Branwell et la loyauté familiale
Un autre élément mérite d’être observé.
Branwell meurt le 24 septembre 1848.
Emily meurt seulement quelques mois plus tard, le 19 décembre 1848.
Anne meurt ensuite le 28 mai 1849.
Trois enfants meurent donc en moins de huit mois. Les trois qui jouaient ensemble petits à des mondes imaginaires.
Bert Hellinger l’explique, dans les familles, une personne meurt et les autres inconsciemment souhaitent la suivre.
Branwell devient ainsi le premier d’une nouvelle séquence de décès qui va décimer la fratrie.
Cette proximité temporelle peut être étudiée dans la constellation comme une période de deuil familial massif.
La séquence devient :
Branwell — 24 septembre 1848
↓
Emily — 19 décembre 1848
↓
Anne — 28 mai 1849
Puis :
Charlotte — 31 mars 1855
Enfin :
Patrick — 7 juin 1861
Ce que Branwell représente dans la constellation
Branwell peut ainsi occuper plusieurs places symboliques simultanément :
le fils unique
le seul garçon
le fils portant le prénom du père
l’artiste qui n’a pas réussi à trouver sa place
l’homme amoureux d’une femme inaccessible
celui qui attend
celui qui espère
celui qui est refusé
celui qui chute
celui qui devient dépendant
celui dont le comportement inquiète la famille
celui qui meurt avant ses trois sœurs célèbres
9. Emily Brontë
Emily Jane Brontë
- Naissance : 30 juillet 1818
- Pas de mariage.
- Décès : 19 décembre 1848
- Âge : 30 ans.
Emily est extrêmement proche d’Anne.
Les deux sœurs développent ensemble l’univers imaginaire de Gondal.
Emily publie Wuthering Heights en 1847 sous le pseudonyme Ellis Bell.
Elle tombe malade en 1848.
Son état se dégrade progressivement après la mort de Branwell.
Elle refuse notamment, pendant une période, de se laisser soigner comme sa famille le souhaiterait.
Elle meurt de tuberculose le 19 décembre 1848, à 30 ans.
Lecture symbolique
Emily est particulièrement intéressante dans la constellation.
Elle est :
- troisième enfant survivant ;
- très proche d’Anne ;
- créatrice d’un univers imaginaire avec Anne ;
- celle qui meurt immédiatement après Branwell.
On peut donc observer le triangle :
Branwell → Emily → Anne
comme une succession de décès extrêmement rapprochés.
10. Anne Brontë
Anne Brontë
- Naissance : 17 janvier 1820
- Pas de mariage.
- Décès : 28 mai 1849
- Âge : 29 ans.
Anne est la dernière enfant.
Elle a seulement un an lorsque sa mère meurt.
Elle devient gouvernante.
Elle publie :
- Agnes Grey ;
- The Tenant of Wildfell Hall.
Après la mort de Branwell puis celle d’Emily, son état de santé se détériore.
Elle souffre d’abord d’une grippe/infection respiratoire à la fin de 1848. Au début de 1849, un médecin de Leeds constate une tuberculose avancée.
Elle part à Scarborough avec Charlotte et Ellen Nussey dans l’espoir que l’air marin puisse l’aider.
Elle meurt le 28 mai 1849, à seulement 29 ans.
11. La séquence des décès
C’est probablement le cœur de la constellation familiale Brontë.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1821 | Mort de Maria, la mère |
| 1825 | Mort de Maria, fille aînée |
| 1825 | Mort d’Elizabeth, deuxième fille |
| 1842 | Mort d’Elizabeth Branwell, la tante maternelle |
| 1848 | Mort de Branwell |
| 1848 | Mort d’Emily |
| 1849 | Mort d’Anne |
| 1855 | Mort de Charlotte |
| 1861 | Mort de Patrick |
On observe donc une véritable concentration de décès dans la même lignée.
Le Brontë Parsonage Museum résume lui-même cette succession : Branwell meurt en 1848, Emily la même année, Anne en 1849 et Charlotte en 1855, tandis que Patrick leur survit jusqu’en 1861
12. Le motif des femmes qui meurent jeunes
Il y a quelque chose de particulièrement frappant.
Maria Branwell
38 ans
↓
Maria Brontë
11 ans
↓
Elizabeth Brontë
10 ans
↓
Emily
30 ans
↓
Anne
29 ans
↓
Charlotte
38 ans
La majorité des femmes de cette famille meurent très jeunes.
Et surtout :
Maria, la mère : 38 ans
Charlotte, sa fille : 38 ans
13. Le motif de la mère absente
C’est probablement l’un des axes majeurs.
Maria meurt en 1821.
Anne n’a qu’un an.
Emily trois ans.
Branwell quatre ans.
Charlotte cinq ans.
Elizabeth six ans.
Maria sept ans.
Les enfants grandissent donc avec une absence maternelle extrêmement précoce.
Mais une autre femme entre immédiatement dans le système :
Elizabeth Branwell.
La sœur de la mère.
Cela donne :
MARIA BRANWELL
│
décès
↓
┌────────────────┐
│ │
↓ ↓
LES ENFANTS ELIZABETH BRANWELL
│
↓
prend soin d'eux
Pour une constellation, cette configuration est essentielle.
14. Le poids des « absents »
Une hypothèse particulièrement intéressante serait de regarder la famille en plaçant les morts dans le champ, plutôt que seulement les membres vivants.
Les deux enfants mortes en 1825 sont des aînées.
Elles précèdent Charlotte, Branwell, Emily et Anne.
Or après leur disparition, les quatre enfants restants continuent leur vie en portant probablement la mémoire de ces deux sœurs disparues.
En constellation, on pourrait donc demander :
Qui est regardé ?
Qui est oublié ?
Qui est resté ?
Qui porte la place de ceux qui sont morts ?
15. Branwell : le fils unique
C’est également une donnée importante.
Il y a :
5 filles + 1 garçon.
Branwell est donc le seul garçon.
Il occupe une place particulière dans la famille.
Son père s’appelle lui-même Patrick.
Son fils porte également le prénom Patrick :
Patrick Branwell Brontë.
Il existe donc une répétition du prénom paternel.
En lecture symbolique, on peut explorer :
« Le fils doit-il porter quelque chose du père ? »
« Doit-il représenter la continuité masculine de la famille ? »
« Que devient cette place lorsqu’il échoue socialement et meurt à 31 ans ? »
Attention : cela reste une hypothèse de travail en psychogénéalogie, pas une explication de son alcoolisme ou de sa maladie.
16. Le paradoxe Branwell
C’est peut-être l’un des éléments les plus puissants de cette famille.
Les quatre enfants qui restent après les décès de 1825 deviennent extrêmement créatifs.
Charlotte : littérature
Emily : littérature
Anne : littérature
Branwell : peinture et écriture
Tous les quatre développent un monde intérieur extrêmement riche.
Enfants, ils inventent ensemble des royaumes imaginaires.
Le Brontë Parsonage Museum rapporte que Charlotte, Branwell, Emily et Anne créaient ensemble des mondes imaginaires dès leur enfance, notamment à partir des soldats de bois offerts à Branwell par leur père.
On pourrait donc lire symboliquement :
la création devient un espace où la fratrie continue d’exister ensemble malgré les morts.
17. Une fratrie qui transforme le traumatisme en création
C’est ici que la constellation devient particulièrement intéressante.
Les enfants connaissent :
- la mort de leur mère ;
- la disparition de deux sœurs ;
- la séparation scolaire ;
- la maladie ;
- la solitude ;
- la religion ;
- la précarité relative ;
- les contraintes sociales ;
- puis la mort successive des adultes et des frères et sœurs.
Et pourtant ils créent :
Glass Town
puis
Angria
et
Gondal.
Leur imagination devient presque un territoire familial parallèle.
On pourrait dire symboliquement :
« Lorsque le réel devient trop douloureux, la famille crée un autre monde. »
Cela ne signifie évidemment pas que leur littérature est uniquement le produit de leurs traumatismes.
18. Le système familial après 1848
Imagine la constellation au moment de décembre 1848.
Patrick est encore là.
Charlotte est encore là.
Anne est encore là.
Mais :
- Maria est morte ;
- Elizabeth est morte ;
- la mère est morte ;
- la tante est morte ;
- Branwell vient de mourir ;
- Emily vient de mourir.
Le champ familial devient extrêmement vide.
Puis Anne meurt en mai 1849.
Il reste :
Patrick
et
Charlotte.
Puis Charlotte meurt en 1855.
Il reste :
Patrick seul.
Et Patrick meurt en 1861.
19. Le « survivant »
C’est probablement l’un des axes les plus forts pour une constellation.
Patrick devient progressivement :
celui qui survit à tout le monde.
On pourrait symboliquement travailler une phrase comme :
« Je vous vois. Je ne prendrai pas votre place. Je vous laisse votre destin et je choisis de continuer ma vie. »
Et pour les enfants :
« Vous êtes les grands. Je suis le petit. Je n’ai pas besoin de mourir pour vous appartenir. »
Cette formulation est évidemment une proposition de travail symbolique, et non une phrase historiquement prononcée par les Brontë.
20. Les dates qui méritent une attention particulière
Pour ton approche psychogénéalogique, je noterais particulièrement :
29 décembre 1812
Mariage de Patrick et Maria.
23 avril 1814
Naissance de Maria.
8 février 1815
Naissance d’Elizabeth.
21 avril 1816
Naissance de Charlotte.
26 juin 1817
Naissance de Branwell.
30 juillet 1818
Naissance d’Emily.
17 janvier 1820
Naissance d’Anne.
15 septembre 1821
Mort de Maria.
6 mai 1825
Mort de Maria, fille.
15 juin 1825
Mort d’Elizabeth, fille.
29 octobre 1842
Mort d’Elizabeth Branwell.
24 septembre 1848
Mort de Branwell.
19 décembre 1848
Mort d’Emily.
28 mai 1849
Mort d’Anne.
29 juin 1854
Mariage de Charlotte.
31 mars 1855
Mort de Charlotte.
7 juin 1861
Mort de Patrick.
21. Les répétitions et rapprochements à explorer
Pour une lecture psychogénéalogique, je retiendrais notamment :
1. 38 ans
Maria meurt à environ 38 ans.
Charlotte meurt à 38 ans.
C’est une répétition particulièrement frappante.
2. Les décès rapprochés
6 mai 1825 → 15 juin 1825
Deux sœurs meurent à environ six semaines d’intervalle.
Puis :
24 septembre 1848 → 19 décembre 1848
Branwell puis Emily meurent à moins de trois mois d’intervalle.
Puis :
19 décembre 1848 → 28 mai 1849
Emily puis Anne meurent à environ cinq mois d’intervalle.
3. Les femmes qui prennent la place des femmes mortes
Maria meurt.
Elizabeth Branwell arrive.
Puis Elizabeth Branwell meurt.
Charlotte devient progressivement la femme adulte centrale de la maison.
4. Les enfants qui meurent avant les enfants suivants
Maria et Elizabeth meurent.
Les autres enfants continuent leur vie avec leur mémoire.
5. Le seul garçon
Branwell porte une place masculine particulière dans une fratrie de cinq filles.
6. La répétition du prénom Patrick
Patrick père.
Patrick Branwell fils.