Il y a un peu plus d’une semaine, j’ai porté plainte contre l’auto-école de mon fils.

Rien de très mystérieux derrière cette plainte : mon fils avait payé des heures de conduite en espèces, mais les paiements n’avaient visiblement pas été enregistrés. Aucun reçu ne lui avait été remis.

Et, cerise sur le gâteau, on lui avait fait croire qu’il était inscrit au permis de conduire alors qu’il ne l’était finalement pas.

L’auto-école m’avait également menacée de porter plainte contre moi.

Je leur avais répondu très simplement : qu’ils le fassent.

Je n’avais absolument rien à me reprocher, ni concernant cette histoire, ni concernant quoi que ce soit d’autre.

Finalement, nous avons trouvé un arrangement avec l’auto-école. Mon fils ne devait plus rien et, dans la même semaine, j’ai reçu le classement de ma plainte.

Bon… l’auto-école lui doit toujours son dossier et refuse de le lui donner, mais ça, c’est encore une autre histoire !

Un mail arrive à 4 h 18

Et puis, un matin, de la même semaine, après le mail du classement de ma plainte, je reçois un mail.

Comme l’auto-école m’avait menacée de porter plainte contre moi, ma première pensée est assez logique :

« Ah… ils l’ont vraiment fait. »

Je ne suis pas inquiète pour autant.

Je sais que je n’ai rien fait.

Je suis parfaitement tranquille avec ça.

Mais je trouve quand même curieux de recevoir un message à 4 h 18 du matin.

Je me dis alors que c’est peut-être le ou la gendarme de garde qui s’est occupé de mon affaire pendant la nuit.

Après tout, peut-être qu’à cette heure-là, il ou elle n’avait pas grand-chose d’autre à faire !

Je télécharge donc le document sur mon téléphone.

Et là, deuxième problème : c’est écrit tellement petit que je n’arrive quasiment pas à le lire.

Heureusement, mon téléphone me propose de faire un résumé du document.

Allez, va pour le résumé, toute façon je peux pas le lire et je vais pas allumer mon ordinateur pour si peu.

Et là, je découvre ce que contient la lettre

Le document prétend venir des forces de l’ordre et m’accuse de faits extrêmement graves concernant des contenus pédopornographiques.

Il est question d’une enquête, de consultation et de détention de contenus impliquant des mineurs, de références au Code pénal et d’une procédure judiciaire.

Le document demande également une réponse rapide, dans un délai de 72 heures, ainsi que des informations et des justificatifs.

Et les conséquences annoncées en cas de non-réponse sont particulièrement impressionnantes : poursuites, arrestation, inscription dans un registre et même transmission de l’affaire à des proches ou aux médias.

Bref…

Ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère !

Mais moi, je comprends pas. Vu que c’est un mail qui a été envoyé à d’autre et que je suis en copie, je me dis que j’ai dû intercepter un mail.

Pourquoi ?

Parce que je sais que je n’ai rien à voir avec ça.

Je n’ai pas de vidéos, de photos ou quoi que ce soit de ce genre.

Donc, même si le document est franchement impressionnant, je reste plutôt dubitative. 

Et puis je remarque quelque chose d’encore plus étrange

Le mail est arrivé sur mon adresse professionnelle.

Celle que j’utilise pour mon activité.

Et ce n’est pas l’adresse que j’utilise le plus souvent.

Donc, déjà, quelque chose ne colle pas.

Si ce fameux mail était réellement lié à une affaire ou même à l’histoire de l’auto-école, comment cette adresse aurait-elle été utilisée ?

Je commence donc à regarder tout ça avec davantage de recul.

Et c’est là que je demande à ChatGPT d’analyser le document.

Sa réponse est assez rapide :

ça ressemble très fortement à une arnaque, à un phishing usurpant l’identité des forces de l’ordre.

Et effectivement, en regardant les différents éléments, tout correspond.

Une fausse convocation particulièrement bien faite

Je dois reconnaître quelque chose :

la lettre est vraiment bien faite.

Les références juridiques, le vocabulaire, la présentation, les noms de services, le ton officiel…

Tout est pensé pour donner l’impression d’avoir affaire à un véritable document administratif ou judiciaire.

Et ce n’est pas une technique nouvelle.

Cybermalveillance.gouv.fr alerte régulièrement sur des campagnes de phishing utilisant de fausses convocations de police, de gendarmerie ou de justice, notamment autour d’accusations liées à la pédopornographie.

Le principe est simple : faire croire à la victime qu’elle fait l’objet d’une procédure extrêmement grave et urgente, afin de la pousser à répondre, à fournir des informations personnelles ou à transmettre une pièce d’identité.

Et dans ce cas précis, le document joue clairement sur trois choses :

l’urgence, la honte et la menace.

Ce qui me fait surtout réfléchir

Personnellement, je n’ai pas eu peur.

Je savais que j’étais innocente.

Mais je me suis demandé comment réagirait quelqu’un qui recevrait exactement le même document et qui, lui, aurait réellement quelque chose à se reprocher.

Parce que là, le mécanisme devient particulièrement pervers.

Imaginez un réel pédophile recevoir ce mail et ce courrier. Que va t’il faire ? effacer toute preuve. En effaçant toute preuve, il est sur qu’on ne pourra jamais l’inculper… 

Je précise évidemment que je ne peux pas affirmer que c’est l’objectif recherché par les escrocs ni que cela arrive réellement.

Mais c’est une conséquence possible qui m’est venue à l’esprit en découvrant cette arnaque.

Et je me suis dit :

il faut vraiment être tordu pour inventer un système pareil.

Les escrocs cherchent probablement avant tout à récupérer de l’argent ou des données personnelles.

Mais avec une accusation aussi grave, ils jouent avec quelque chose de très puissant : la peur des conséquences. Et des milliers de pédophile vont effacer les éléments compromettant… et rester libre… 

Quand notre cerveau cherche immédiatement une explication

Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que mon cerveau avait immédiatement trouvé une explication au mail.

J’avais eu un conflit avec une auto-école.

On m’avait menacée de porter plainte.

Quelques jours plus tard, je recevais un document qui semblait venir de la justice.

Le rapprochement était donc évident :

auto-école → plainte → gendarmerie → courrier.

Sauf que ce n’était pas ça.

Et c’est là que je trouve l’expérience intéressante.

Nous faisons tous des liens entre les événements.

Nous cherchons une logique.

Nous essayons de comprendre pourquoi quelque chose nous arrive.

Et parfois, notre première explication semble tellement cohérente qu’on ne pense même pas à vérifier si elle est vraie.

Dans mon cas, quelques détails ont suffi à me faire tiquer :

  • l’heure d’envoi : 4 h 18 ;
  • l’adresse professionnelle utilisée ;
  • le fait que l’auto-école ne possède pas cette adresse ;
  • le contenu extrêmement grave du document ;
  • le délai de 72 heures ;
  • les menaces disproportionnées ;
  • la demande d’informations personnelles.
  • J’ai déjà fait de la garde à vue deux fois, et les deux fois j’avais été convoqué par la gendarmerie proche de chez moi, et la police nationale par recommandé, aucune fois par mail. 
  • Pour des faits aussi grave, on nous contacte pas par mail. 

Pris séparément, certains éléments pourraient peut-être sembler plausibles.

Mais mis bout à bout…

ça ne sentait vraiment pas bon

Ce que cette histoire rejoint dans mon travail

C’est aussi pour cela que je partage cette histoire ici.

Je travaille autour des constellations familiales, des émotions, des loyautés et des mécanismes qui peuvent influencer notre manière de réagir aux situations.

Je ne vais évidemment pas transformer un phishing en exercice de constellation familiale !

Mais cette histoire illustre quelque chose que nous pouvons tous observer dans notre quotidien :

entre ce qui se passe réellement et ce que nous imaginons qu’il se passe, il peut parfois y avoir un monde.

Un événement arrive.

Notre cerveau cherche immédiatement une explication.

Une émotion apparaît.

Puis nous construisons parfois toute une histoire autour de cette émotion.

Dans mon cas, je pensais simplement recevoir les suites possibles de mon conflit avec l’auto-école.

En réalité, je recevais un faux document envoyé par des personnes malveillantes.

La situation réelle n’avait rien à voir avec l’histoire que mon cerveau avait construite au départ.

Alors, que faire si vous recevez ce genre de mail ?

Déjà :

ne répondez pas dans la précipitation.

Ne transmettez pas votre pièce d’identité.

Ne donnez pas vos coordonnées bancaires.

Ne versez pas d’argent.

Et surtout, ne prenez pas pour argent comptant ce qui est écrit dans le message.

Gardez le mail original et le document.

Vérifiez l’information auprès des services officiels, en utilisant leurs coordonnées officielles et non celles indiquées dans le message reçu.

Les autorités françaises alertent régulièrement sur ce type de phishing et recommandent de ne pas transmettre de documents personnels sans avoir vérifié l’identité réelle de l’interlocuteur.

Et moi, dans tout ça ?

J’ai surtout trouvé ça franchement gonflé.

Et j’ai surtout pensé :

« Mais qui peut croire à un truc pareil ? »

Puis je me suis rappelé que ce n’était pas forcément fait pour être cru par tout le monde.

Il suffit que cela fonctionne sur suffisamment de personnes.

Et malheureusement, avec un document aussi bien construit et une accusation aussi grave, certaines personnes doivent forcément tomber dans le piège, dans le cas du mail c’est surtout les pédophiles qui vont tomber dedans. 

Alors si vous recevez un jour une magnifique convocation officielle vous expliquant que vous êtes recherché pour je ne sais quelle horreur… et que vous êtes innocent.

respirez, vérifiez, et surtout ne répondez pas.

Parce qu’un document qui semble officiel ne l’est pas forcément.

Et parfois, derrière toute cette mise en scène, il n’y a ni gendarme, ni procureur, ni enquête.

Juste quelqu’un derrière un ordinateur qui espère vous faire suffisamment peur pour que vous lui donniez quelque chose.