Un dimanche soir de janvier, nous ramenions nos enfants chez eux.
Depuis septembre, ils ont quitté la maison et vivent en colocation. La maison est plus calme, mais ce rituel du retour fait encore partie de nos habitudes.

Sur la route, sans prévenir, la voiture familiale s’arrête. Elle s’immobilise net. Mon mari a juste le temps de la garer sur le bas-côté pour ne gêner personne.

Il fait froid, il fait nuit, l’air est humide.
Ma fille est malade, et nous voulions l’aider à monter sa valise. Elle avait un bilan important à son école le lendemain.

Mes enfants, qui connaissent bien le quartier, me disent alors très calmement :
— « On va prendre le bus, l’arrêt est juste derrière. On est à deux arrêts de la maison. »
Ils partent. Vingt minutes plus tard, ils sont chez eux.

De notre côté, j’appelle l’assurance. Mon mari n’a pas son téléphone, et il ne me reste que 30 % de batterie. Une dépanneuse est envoyée. Nous attendons environ quarante minutes dans le froid.

Quand la dépanneuse arrive, nous rappelons l’assurance pour demander un taxi. Trente minutes passent. Personne n’appelle. Je rappelle : il y a eu un dysfonctionnement. Ils relancent la demande.
— « Le taxi sera là dans dix minutes. »
Dix minutes plus tard, le taxi m’appelle :
— « J’arrive dans dix minutes. »

Quand il arrive enfin, c’est le luxe : de la chaleur partout, une voiture confortable, et un chauffeur très sympa. On discute. Je lui demande s’il lui arrive d’aller loin. Il me raconte être déjà allé jusqu’en Suisse. Certains de ses collègues vont même en Espagne ou aux Pays-Bas pour rapatrier des clients.

Je lui dis que ça ne doit pas être facile pour la vie de famille. Il me répond qu’il faut une femme conciliante. Je lui dis en souriant :
— « Et surtout qu’elle ait confiance. »
Il rit et me confie que certains collègues, à ce niveau-là, exagèrent un peu et en profitent.

Pendant l’attente, mon mari était très contrarié et un peu paniqué. J’essayais de lui montrer le côté positif :

  • Pour donner l’adresse, c’était simple : « devant Hydropolis ». Impossible de se tromper.

  • L’endroit Ă©tait très Ă©clairĂ©.

  • Il ne pleuvait pas, alors qu’il avait plu toute la journĂ©e.

  • Les enfants Ă©taient juste Ă  cĂ´tĂ© d’un arrĂŞt de bus et près de chez eux.

  • Nous n’avons pas eu d’accident.

  • Ce n’est pas arrivĂ© sur l’autoroute.

  • L’assurance a Ă©tĂ© rĂ©active.

  • Et ce n’est pas arrivĂ© pendant les vacances (ce qui nous est dĂ©jĂ  arrivé… et c’est une vraie galère).

Petit à petit, l’atmosphère s’est détendue, et on a même fini par en rire.

La rĂ©ponse d’un ami

Plus tard, en racontant cette histoire Ă  des amis, je leur expliquais que j’avais vu le cĂ´tĂ© positif de la situation. L’un d’eux, en souriant, m’a lancĂ© :
— « Alors du coup, t’es prête à recommencer ? »

J’ai ri et j’ai répondu :
— « Non, quand même pas… Mais quand ce genre de chose arrive, il vaut mieux voir le bon côté. Sinon on s’énerve, et ça sert à quoi ? À apporter de mauvaises énergies qui vont peut être retarder la dépanneuse ou le taxi ? Et surtout, on passe un mauvais moment pour rien. »

Finalement, nous n’avons pas passé un mauvais moment. C’était juste une panne de voiture, et nous sommes restés à peine un peu plus de deux heures dehors à attendre. On a discuté, on a ri… et au fond, ce n’était pas si mal.

🌱 Et puis il y a la symbolique…

Quand on y pense, cette panne raconte autre chose.

La voiture familiale s’arrête.
Les enfants, eux, continuent leur route, de manière autonome, pour vivre leur vie.
Et le couple, lui, reste là, à l’arrêt… ensemble.

Comme si une page se tournait.
Les enfants deviennent adultes.
Et nous, nous nous retrouvons enfin face à face, comme au début.