L’histoire d’Hollywood et du théâtre américain se confond avec celle d’une seule et même famille : les Barrymore. De l’Angleterre victorienne aux plateaux de tournage contemporains, cette lignée a régné sur les arts de la scène. Mais derrière le strass, le génie et le « Grand Profil » de cette famille se cache un livre de comptes invisible, lourd de traumatismes, d’addictions, de secrets et de répétitions.
En psychogénéalogie, nous étudions comment les non-dits, les deuils non faits et les destins des ancêtres agissent à notre insu à travers les générations. La saga Barrymore (réunie par les alliances avec les familles Drew et Costello) offre la cartographie la plus complète et la plus fascinante du scénario de répétition transgenerationnel, mais aussi du miracle de la résilience.
I. L’Arbre de Transmission : Cartographie de la Lignée
Pour comprendre la dynamique du clan, il faut observer comment les trois lignées (Drew, Barrymore, Costello) se sont croisées pour former une véritable aristocratie de la scène, transmettant le flambeau d’une génération à l’autre.
[LIGNÉE DREW] [LIGNÉE BARRYMORE]
Louisa Lane Drew (1820-1897) (Origines au Royaume-Uni)
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Georgiana Drew (1856-1893) ═══════════════ Maurice Barrymore (1849-1905)
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Lionel Barrymore (1878-1954) Ethel Barrymore (1879-1959) John Barrymore (1882-1942)
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[LIGNÉE COSTELLO] ║ (Mariage)
Maurice Costello (1877-1950) ║
Mae Costello (1882-1929) ║
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Dolores Costello (1903-1979) ════════════╝
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John Drew Barrymore (1932-2004)
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John Blyth Barrymore (1954-…) Drew Barrymore (1975-…)
II. Le Grand Livre des Dates : Les Syndromes d’Anniversaire
En psychogénéalogie, la répétition inconsciente de dates (naissance, mort, mariage, accidents) est appelée le syndrome d’anniversaire (théorisé par Anne Ancelin Schützenberger). L’inconscient familial se souvient des traumatismes ou des figures clés et les inscrit dans le temps. Chez les Barrymore-Costello, le calendrier bégaie de manière troublante.
1. Le 22 Février : Le legs du cinéma muet à Drew
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Maurice Costello, le patriarche de la branche maternelle de la troisième génération, naît le 22 février 1877. Il sera l’une des toutes premières idoles du cinéma muet mondial.
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Drew Barrymore, sa lointaine arrière-petite-fille, naît précisément un 22 février 1975.
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Analyse : À l’échelle d’un siècle, la date exacte de naissance de l’ancêtre pionnier de l’écran est retransmise à celle qui viendra clore et réparer la lignée. Drew hérite du droit de briller devant la caméra au jour près de son aïeul.
2. Le 29 Octobre : La fusion de la vie et de la mort chez les Costello
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Mae Costello, actrice et épouse de Maurice, décède le 29 octobre 1929.
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Maurice Costello, son époux, s’éteint le 29 octobre 1950, exactement 21 ans plus tard.
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Analyse : Mourir le même jour que son conjoint à des décennies d’intervalle traduit une fidélité inconsciente absolue. Le couple Costello a figé cette date dans la mémoire familiale comme le jour de la dissolution finale, un deuil si fort que le temps n’a pu l’effacer. Ils meurent tous les deux de problèmes cardiaques, lié au coeur, lié à l’amour.
3. Les mystères de l’été : Le deuil des mères et des reines
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Georgiana Drew, la mère de John, Ethel et Lionel, meurt prématurément de tuberculose le 2 juillet 1893. Sa mort laisse trois orphelins psychologiques.
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Sa propre mère, la redoutable matriarche Louisa Lane Drew, s’éteint le 31 août 1897.
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Ce couloir de la fin de l’été concentre d’autres dates majeures : la naissance de Mae Costello (13 août 1882), celle d’Ethel Barrymore (15 août 1879) et la mort de cette même Ethel (18 juin 1959). L’été est la saison où les femmes de pouvoir de ce clan naissent et meurent, comme si le matrilignage se transmettait dans un souffle temporel très resserré.
III. Les Problématiques Transgénérationnelles : Les Fantômes du Clan
La psychogénéalogie s’attache à repérer les traumatismes non digérés par les ancêtres. Si un drame est étouffé, caché ou non pleuré, la génération suivante le rejouera à travers des comportements névrotiques. Chez les Barrymore, trois grands spectres hantent l’arbre.
1. La névrose d’abandon et l’absence des pères
Le fil rouge de cette famille est la disparition de la fonction paternelle et la mort précoce des mères :
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Générateur du trauma : Georgiana Drew meurt à 36 ans. Son mari, Maurice Barrymore, incapable de faire face, fuit dans ses tournées, multiplie les liaisons, avant de sombrer dans la démence. Les enfants (Lionel, Ethel, John) grandissent avec le sentiment aigu d’être des orphelins affectifs, élevés à la dure par leur grand-meres.
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La répétition : John Barrymore, hanté par le spectre de ce père absent et fou, reproduit le schéma. Il divorce quatre fois, abandonne ses enfants émotionnellement. Son fils, John Drew Barrymore, grandit sans repère paternel solide. À son tour, John Drew abandonnera totalement sa fille, Drew Barrymore, durant son enfance, la laissant aux mains d’une mère immature (Jaid). Pendant quatre générations, le père est un fantôme fuyant ou destructeur.
2. L’addiction comme anesthésiant de la folie
L’alcoolisme et la toxicomanie majeurs des Barrymore ne sont pas des vices, mais des tentatives d’auto-thérapeutisation face à un secret de famille ou une terreur innommable.
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Le secret de Maurice : En 1901, le patriarche Maurice Barrymore fait une crise de démence en plein spectacle à New York. C’est son fils John, alors âgé de 19 ans, qui doit faire interner son propre père à l’asile de Bellevue en lui mentant. Maurice y mourra de la syphilis, une maladie honteuse à l’époque, synonyme de décomposition mentale et de déchéance.
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Le pacte de loyauté par l’alcool : Terrorisé à l’idée d’hériter de la folie de son père, John Barrymore commence à boire massivement dès ses 14 ans. À la fin de sa vie, l’alcool détruit sa mémoire au point qu’il ne peut plus retenir un texte, rejouant exactement la perte de contrôle de son père. Son propre fils, John Drew, sombrera dans les drogues dures et la marginalité. Drew Barrymore, à son tour, boit à 9 ans, prend de la cocaïne à 12 ans et fait une tentative de suicide à 14 ans. L’addiction est ici le « venin » transgénérationnel que l’on boit pour rester fidèle aux souffrances des hommes de la famille.
3. La « Parentification » ou le sacrifice des enfants-spectacles
Dans cette lignée, un enfant n’a pas le droit d’être un enfant : il doit être un acteur pour faire vivre le clan.
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Louisa Lane Drew commence sa carrière à l’âge de 12 mois.
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Ethel et Lionel Barrymore doivent arrêter l’école à l’adolescence pour monter sur scène et payer l’asile de leur père fou.
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Drew Barrymore devient une star planétaire à 7 ans avec E.T. et subit l’exploitation financière et sociale de sa mère, Jaid, qui l’emmène dans les soirées mondaines (Studio 54) comme un trophée d’adulte. L’enfance y est systématiquement volée.
HÉRITAGE BARRYMORE
├── OMBRES (À nettoyer) : Addictions, Abandons paternels, Enfances volées
└── LUMIÈRES (À conserver) : Génie créatif indomptable, Résilience féminine, Magnétisme
1. Le génie créatif et l’autorisation de briller
Dans de nombreuses familles, réussir ou être sous le feu des projecteurs est un tabou (peur de dépasser les parents). Chez les Barrymore, c’est l’inverse : il y a une autorisation totale et inconsciente à être un génie. Le charisme magnétique de John Barrymore (surnommé « Le Grand Profil »), la dignité royale d’Ethel (considérée comme la Première Dame du théâtre américain), et le jeu instinctif de Drew proviennent de ce réservoir de créativité transmis d’âge en âge. La scène est leur maison, le lieu où ils existent pleinement.
2. Le matrilignage de fer et la résilience
Si les hommes de la famille Barrymore se sont souvent effondrés, les femmes, elles, ont porté la structure :
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Louisa Lane Drew a dirigé seule, d’une main de fer, l’Arch Street Theatre à une époque où les femmes n’avaient aucun droit civique ou entrepreneurial. Elle a inventé des modes de rémunération modernes pour protéger ses acteurs.
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Dolores Costello a eu le courage de divorcer de John Barrymore lorsque l’alcool l’a rendu trop destructeur, protégeant ainsi ses enfants de la violence quotidienne.
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Ce réservoir de force féminine est la ressource secrète dont Drew Barrymore s’est servie pour survivre.
V. Drew Barrymore : La Réparatrice de l’Arbre
En psychogénéalogie, on appelle « maillon réparateur » le membre de la famille qui, par son travail sur lui-même ou par un acte fort, réussit à stopper la transmission des traumatismes pour que la génération suivante en soit libérée. Drew Barrymore est la grande réparatrice de cette dynastie.
Elle y est parvenue grâce à deux actes thérapeutiques majeurs :
1. L’Émancipation juridique à 14 ans : Couper les branches mortes
En se faisant émanciper légalement de ses parents à l’âge de 14 ans, Drew accomplit un acte d’une puissance symbolique absolue. Elle brise la loyauté invisible qui l’obligeait à mourir ou à se détruire comme son père et son grand-père. En se retrouvant seule dans un appartement, en travaillant comme serveuse, elle quitte le statut d’« enfant parentifiée » et de « Barrymore maudite » pour redevenir maîtresse de sa propre vie. Elle pose une frontière définitive face à la toxicité systémique.
2. La réappropriation saine du nom et du métier
La fuite n’est pas la guérison. Drew n’a pas changé de nom. Elle est revenue à Hollywood, mais a transformé la malédiction en force. En fondant sa propre maison de production (Flower Films), elle a récupéré l’héritage entrepreneurial de son arrière-arrière-grand-mère Louisa Lane Drew. Elle a choisi de faire du cinéma un espace de joie, de contrôle et de création saine, et non plus un lieu d’exploitation et de débauche.
3. La réconciliation finale
En accompagnant son père, John Drew Barrymore, dans ses derniers mois de vie avant sa mort en 2004 (en payant ses soins médicaux, reproduisant le geste d’Ethel envers Maurice un siècle plus tôt, mais cette fois dans l’amour et non dans le secret), Drew a apaisé les fantômes masculins de son arbre. Elle a pardonné pour ne plus porter le poids de la colère.
L’Arbre a enfin fleuri
Aujourd’hui, Drew Barrymore est une mère de famille stable, aimante et présente pour ses deux filles, Olive et Frankie. En leur offrant une enfance normale, protégée des caméras et des excès, elle a accompli la promesse que sa lignée attendait depuis 150 ans.
L’arbre des Barrymore-Drew-Costello a cessé de produire des fruits empoisonnés par l’addiction et l’abandon. Grâce au travail de conscience et de rupture opéré par la dernière génération, le génie artistique subsiste, mais la souffrance, elle, s’est enfin arrêtée.
Le clin d’œil de l’histoire : Le secret du prénom Olive
L’analyse de cet arbre réserve une ultime surprise dans sa transmission inconsciente : le choix du prénom de la fille aînée de Drew, Olive. Si ce prénom sonne de manière très anglo-saxonne, « Olive » fait directement référence au fruit de l’olivier, un symbole profondément ancré dans la culture et la langue françaises.
Or, dans les mémoires de cette dynastie théâtrale, on retrouve des origines européennes complexes, notamment une branche d’ancêtres français venus d’Alsace qui avaient émigré aux États-Unis. En nommant sa fille Olive, Drew Barrymore reconnecte ainsi, de manière totalement inconsciente, sa descendance avec ses racines françaises oubliées. Le prénom devient un pont linguistique et symbolique, une façon subtile d’honorer la mémoire de ses aïeux alsaciens tout en plaçant sa fille sous le signe de l’olive — symbole universel de paix, de réconciliation et de fin du déluge familial.
N’oublions pas que l’olivier est l’arbre des constellations familiales par excellence, mis en avant dans le chemin de l’Olivier. Les racines de l’arbres étant longue comme la lignée de nos ancêtres.
Les sources sont principalement wikipedia en cliquant sur chaque membre des familles
https://en.wikipedia.org/wiki/Drew_family
https://en.wikipedia.org/wiki/Barrymore_family