L’épisode 8 de la saison 2 du Chemin de l’olivier est probablement l’un des épisodes les plus forts autour de la question de la guérison.
Sevgi qui a appris que son cancer était revenu, l’avait caché à ses amis et sa famille. Pourtant, cette fois, quelque chose a changé. Après avoir consacré toute son énergie à vouloir guérir, elle comprend qu’elle a peut-être oublié de vivre.
Elle décide alors d’arrêter son traitement et de profiter pleinement du temps qui lui reste. Avec Ada et Leyla à ses côtés, elle entreprend une sorte de voyage intérieur : retrouver son père, comprendre ses origines, accomplir les choses qu’elle n’a jamais osé faire et surtout retrouver le sens de sa propre existence.
Mais cet épisode ne parle pas uniquement de Sevgi.
À travers les trois amies, Diyar, Zaman, Leyla et leurs familles, la série pose une question essentielle :
Comment peut-on réellement guérir ?
Sevgi : quand vivre devient aussi important que guérir
Au début de l’épisode, Ada et Leyla reprochent à Sevgi de ne pas leur avoir dit que sa maladie était revenue. Sevgi leur demande de ne rien révéler à Fiko.
Elle leur explique quelque chose de très profond : elle a tellement voulu guérir qu’elle en a oublié le reste.
Elle était concentrée sur la maladie, sur les traitements, sur la guérison.
Et maintenant, elle veut vivre.
Elle possède une liste de choses qu’elle souhaite accomplir. Parmi elles, une idée qui peut sembler légère mais qui devient très symbolique : se baigner nue dans la mer.
Mais une autre chose figure sur cette liste et s’avère beaucoup plus difficile : retrouver la tombe de son père.
Ce voyage vers son père devient alors bien plus qu’une recherche familiale.
C’est une rencontre avec ses racines.
Retrouver son père pour retrouver une partie d’elle-même
Sevgi ne connaît pas réellement son père.
Avec Ada et Leyla, elle commence ses recherches à partir d’une photographie. Une inscription cachée derrière la photo leur permet de progresser dans leurs recherches. Les trois femmes prennent alors la route.
Elles arrivent dans un village en ruine.
Sevgi marche entre les murs, les touche, observe les lieux. Elle semble chercher quelque chose qui dépasse les simples informations qu’elles sont venues trouver.
Puis elles découvrent finalement un cimetière.
Ada retrouve la tombe.
Sevgi demande à ses amies de chercher de l’eau afin qu’elle puisse rester seule quelques instants avec son père.
Elle se présente.
« Je suis ta fille. »
Elle lui explique qu’une partie de lui est encore en vie, même si cette vie touche peut-être à sa fin.
Elle lui pose des questions.
Qu’aimait-il ?
De quoi rêvait-il ?
Qui était-il réellement ?
Elle lui demande même si « là-haut » est effrayant.
Cette scène est particulièrement forte parce que Sevgi ne cherche pas seulement une tombe.
Elle cherche à connaître l’homme dont elle est issue.
Une rencontre inattendue avec son grand-père
Alors que Sevgi se trouve devant la tombe de son père, un homme arrive.
Il lui demande qui elle est.
Il a entendu parler d’une femme qui recherchait Aram.
Sevgi lui répond qu’elle est sa fille.
L’homme lui révèle alors qu’il est le père d’Aram.
Sevgi vient de retrouver son grand-père.
Il lui raconte que son fils lui avait écrit pour lui demander de venir rencontrer Mukkader, alors enceinte. Mais lorsqu’il est arrivé à Istanbul, Aram avait été assassiné dans le contexte des troubles politiques.
Cette rencontre permet à Sevgi de découvrir une nouvelle partie de son histoire familiale.
Et surtout, son grand-père lui transmet quelque chose.
Pas seulement des souvenirs.
Un héritage.
L’héritage des plantes
Le grand-père de Sevgi possède un savoir transmis par les générations précédentes : l’herboristerie.
Il prépare une coction de plantes pour Sevgi.
Il explique à Ada que, dans l’Empire ottoman, l’herboristerie occupait une place importante et qu’il s’agit de son héritage.
Il prononce alors une phrase particulièrement intéressante :
« Il n’y a pas de maladie incurable, seulement un manque de volonté. Il n’y a pas d’herbe inutile, seulement de l’ignorance. »
Puis il parle de « l’âme des plantes » et explique que celui qui connaît leurs essences peut en tirer de nombreux bienfaits.
Ada lui demande alors si la nature possède une réponse à tout.
Sa réponse est magnifique :
« Si vous savez l’accepter. »
La série nous ramène ainsi à une question fondamentale : sommes-nous capables d’écouter ce que la vie tente de nous montrer ?
Les trois amies et leurs rêves
Sevgi se souvient également des rêves qu’elles avaient lorsqu’elles étaient jeunes.
Ada voulait trouver un moyen de guérir les cancers après l’annonce de la maladie de son père.
Leyla rêvait de devenir chanteuse.
Sevgi voulait étudier le droit pour devenir avocate.
Vingt-quatre ans plus tard, elles sont toujours ensemble.
Pour Sevgi, cela constitue déjà la réalisation d’un rêve.
Elle demande alors à ses deux amies de reprendre leurs rêves lorsqu’elles seront revenues d’Ayvalık.
Comme si, au moment où elle comprend que son temps est peut-être limité, Sevgi voulait transmettre à ses amies une dernière chose :
vivre pleinement leur propre vie.
« Comment peut-on guérir ? »
Ada formule alors une réflexion qui traverse tout l’épisode.
Comment peut-on guérir ?
Est-ce uniquement en combattant une maladie ?
Ou la guérison peut-elle également passer par le bonheur, l’amour, les relations et la paix intérieure ?
Ada envisage plusieurs possibilités.
Peut-être commence-t-on à guérir lorsque l’on choisit d’aimer et d’être aimé.
Peut-être que se dévouer aux autres peut également avoir une dimension réparatrice, même si cela comporte le risque de cacher sa propre souffrance.
Peut-être encore que la guérison passe par le fait d’assumer les conséquences de ses actes.
Et peut-être qu’elle passe finalement par la paix avec le passé.
Cette réflexion rejoint directement les thèmes de la psychogénéalogie : comprendre son histoire, reconnaître ce qui appartient aux générations précédentes et cesser de porter ce qui ne nous appartient pas.
Diyar et Zaman : réparer une relation père-fils
L’épisode développe également la relation entre Diyar et son père Zaman.
Diyar apprend que son père n’a pas vendu le terrain familial.
Il lui explique qu’il l’a fait pour les oliviers.
Puis vient une question beaucoup plus douloureuse :
Pourquoi ne l’aimait-il pas ?
Diyar demande si son père lui en voulait parce qu’il avait fait mourir sa mère.
Zaman lui révèle alors quelque chose qu’il n’avait jamais réellement réussi à exprimer.
Il l’aimait avant même sa naissance.
Mais il avait peur de devenir un mauvais père.
Il croyait faire ce qu’il y avait de mieux pour son fils.
Il s’était trompé.
Cette reconnaissance change leur relation.
Zaman ouvre les bras.
Diyar vient vers lui.
Ils se prennent dans les bras.
Et Zaman lui dit qu’il sera là, quoi qu’il arrive.
Il ne s’agit pas d’effacer le passé.
Il s’agit de permettre enfin à une relation de sortir de la souffrance.
Le poids des ancêtres
Ada accompagne également Zaman dans une constellation familiale symbolique.
Elle lui demande de choisir des pierres.
L’une d’elles représente l’obscurité.
Zaman raconte alors une histoire familiale particulièrement douloureuse.
Son frère serait tombé dans un puits profond. Son père aurait sauté pour tenter de le sauver.
Le grand-père de Zaman aurait ainsi perdu son père et son frère le même jour.
Une histoire tragique qui semble avoir laissé une empreinte dans la famille.
Ada lui demande ensuite de choisir une pierre représentant son fils.
Zaman fond en larmes.
Elle lui explique alors que ce qui est arrivé à ses ancêtres appartenait à leur destin.
Mais ce n’est pas nécessairement le destin de son fils.
Cette distinction est fondamentale.
Ce qui appartient aux ancêtres ne doit pas forcément appartenir aux descendants
C’est probablement l’une des grandes leçons psychogénéalogiques de cet épisode.
Nous pouvons être profondément marqués par l’histoire de ceux qui nous précèdent.
Mais cela ne signifie pas que nous devons reproduire leur destin.
Zaman peut honorer son grand-père, son père et son frère.
Il peut reconnaître leur souffrance.
Il peut leur rendre hommage.
Mais il peut aussi choisir de ne pas transmettre cette même douleur à son propre fils.
Il décide d’allumer des bougies afin que ses ancêtres puissent, symboliquement, trouver le chemin de la lumière face à l’obscurité.
La lumière devient alors une image de transformation.
« Nous sommes le rêve de nos ancêtres »
Ada pose ensuite une question essentielle :
Que voulait dire Bert Hellinger lorsqu’il disait que nous sommes le rêve de nos ancêtres ?
Est-ce simplement une jolie formule ?
L’épisode propose une réflexion plus large.
Les systèmes que nous perpétuons ne se limitent pas à nos familles.
Nous sommes également façonnés par le lieu où nous sommes nés, celui où nous vivons, notre langue, notre culture, notre religion, notre environnement et les terres qui nous nourrissent.
Toutes ces dimensions s’entremêlent.
Elles peuvent laisser des marques dans nos vies et même dans notre corps.
Cette réflexion rejoint profondément l’approche de la psychogénéalogie : nous ne sommes jamais uniquement l’individu isolé que nous croyons être.
Nous sommes aussi le résultat d’une histoire.
Sevgi et Fiko : quand l’amour devient une présence
Sur la plage, Sevgi finit par vouloir révéler à Fiko que sa maladie est revenue.
Mais Fiko sait déjà.
Il a observé son sourire.
Ses yeux.
Son chagrin.
Il lui explique qu’il est son âme sœur et que tout lui a parlé.
Il ne lui demande pas de lui promettre un avenir.
Il lui dit simplement que, quel que soit l’avenir, ce qui compte est ce qu’ils vivent ensemble maintenant.
Sevgi lui demande alors de se lever et de se déshabiller.
Elle veut réaliser l’un des rêves de sa liste :
se baigner nue dans la mer.
Cette scène prend alors une dimension symbolique très forte.
Sevgi ne veut plus seulement survivre.
Elle veut vivre.
Leyla : accepter l’échec pour pouvoir continuer
Leyla traverse également un tournant.
Elle annonce à ses abonnés qu’elle va fermer le restaurant.
Elle pense avoir échoué.
Mais ses parents viennent la rejoindre.
Son père lui dit simplement :
« Beau travail. »
Et Leyla le prend dans ses bras.
Elle lui demande ensuite s’il veut voir ses petits-enfants.
Il répond oui.
Une nouvelle possibilité apparaît alors.
Parfois, fermer une porte n’est pas nécessairement un échec.
Cela peut être la fin d’un chapitre.
La réconciliation de Diyar avec son père
Diyar retourne auprès de Zaman.
Cette fois, leur relation semble différente.
Diyar peut enfin dire ce qu’il avait sur le cœur.
Zaman peut enfin reconnaître ses erreurs.
Et surtout, ils peuvent se prendre dans les bras.
Le père et le fils ne changent pas leur passé.
Ils changent leur manière de vivre avec ce passé.
C’est là toute la différence.
Une lettre du père d’Ada
Ada découvre également une lettre de son père.
Il y exprime l’espoir qu’Ada et Deniz se rencontreront afin qu’Ada puisse devenir une grande sœur pour Deniz.
Cette découverte ouvre encore une fois la question des liens familiaux et de ce qui peut continuer à exister après la disparition d’une personne.
Les morts peuvent laisser des paroles.
Des objets.
Des lettres.
Des souvenirs.
Et parfois, ces traces permettent aux vivants de reconstruire une partie de leur histoire.
Le mur, la peinture et Eleni
Pendant ce temps, Fiko doit faire face à un problème dans le restaurant : le mur s’effrite.
Il faut retirer une partie de ce qui le recouvre.
Et derrière le mur apparaît une peinture.
Pour Leyla, ce n’est pas un simple hasard.
Elle y voit un signe d’Eleni.
Cette découverte change sa décision.
Elle ne peut finalement plus vendre le restaurant.
Encore une fois, le passé surgit derrière ce qui semblait être définitivement fermé.
Comme si les murs eux-mêmes conservaient une mémoire.
Ada et Toprak : une autre manière d’aimer
Ada termine son article lorsqu’elle entend une musique.
C’est celle de Toprak.
Elle le retrouve sur la plage.
Il lui donne un écouteur et lui fait écouter la musique qu’il a composée pour elle.
Après toutes les réflexions sur la maladie, les séparations et les blessures, cette scène apporte une forme de douceur.
L’amour peut parfois ne pas avoir besoin de grands discours.
Une musique suffit.
Une présence suffit.
Un regard suffit.
Les rêves peuvent encore être réalisés
À la fin de l’épisode, Ada reçoit une bonne nouvelle.
Elle est acceptée pour un poste à l’étranger.
Et plutôt que de partir seule, elle souhaite que ses amies l’accompagnent.
Elle a parlé de Sevgi.
Elle demande également à Leyla d’emmener Mavi.
Les trois amies vont donc poursuivre leur voyage ensemble.
Ce qui avait commencé vingt-quatre ans auparavant avec trois jeunes femmes partageant une colocation se poursuit encore aujourd’hui.
Leur lien a survécu aux maladies, aux séparations, aux conflits, aux deuils et aux transformations de leurs vies.
Le passé comme une boîte noire
La dernière réflexion d’Ada résume parfaitement l’épisode :
« Notre passé est comme une boîte noire. Peu importe les dégâts, tout son contenu reste en sécurité. Mais il peut changer. »
Cette phrase pourrait presque résumer toute la philosophie de Le Chemin de l’olivier.
Notre passé existe.
Nous ne pouvons pas l’effacer.
Nous ne pouvons pas modifier ce qui s’est produit.
Mais nous pouvons modifier la manière dont nous le regardons.
Nous pouvons mettre des mots sur ce qui était resté silencieux.
Nous pouvons retrouver ceux qui ont été oubliés.
Nous pouvons reconnaître les blessures.
Nous pouvons nous réconcilier.
Et surtout, nous pouvons décider que certaines histoires s’arrêtent avec nous.
Ce que cet épisode nous enseigne sur la psychogénéalogie
Cet épisode de Le Chemin de l’olivier est particulièrement riche pour comprendre plusieurs notions essentielles de la psychogénéalogie :
- la transmission familiale ;
- les secrets et les non-dits ;
- la place des ancêtres ;
- les traumatismes transgénérationnels ;
- les loyautés familiales ;
- les répétitions ;
- la mémoire des lieux ;
- les relations parents-enfants ;
- le deuil ;
- la réconciliation ;
- la recherche des origines ;
- la distinction entre son propre destin et celui de ses ancêtres.
Mais il apporte également une nuance essentielle :
comprendre son passé ne signifie pas y rester enfermé.
Le travail sur l’histoire familiale peut justement permettre de retrouver sa liberté.
Et si guérir, c’était aussi accepter de vivre ?
Sevgi nous offre peut-être la question la plus bouleversante de cet épisode.
Elle a passé tellement de temps à vouloir guérir qu’elle a oublié de vivre.
Alors elle décide de vivre ce qui lui reste.
Aimer Fiko.
Retrouver son père.
Rencontrer son grand-père.
Se baigner nue dans la mer.
Être avec Ada et Leyla.
Et leur demander de poursuivre leurs propres rêves.
La guérison n’est donc pas présentée uniquement comme la disparition d’une maladie.
Elle devient aussi une transformation intérieure.
Une réconciliation.
Une acceptation.
Une manière différente d’habiter sa vie.
Et peut-être est-ce finalement cela que nous rappelle Le Chemin de l’olivier :
nous avons des racines, mais nos racines ne déterminent pas nécessairement jusqu’où nos branches peuvent pousser.