Il n’est jamais agréable d’entendre son enfant nous faire des reproches.

En consultation, j’entends régulièrement des parents me dire :

« Après tout ce que j’ai fait pour lui, voilà comment il me remercie ! »

« Ma fille m’a dit que je n’avais jamais été là pour elle. »

« Mon fils me reproche son enfance, c’est tellement injuste. »

Je comprends leur souffrance.

Recevoir des critiques de la part de son propre enfant peut être douloureux, provoquer de la colère, de la culpabilité ou un profond sentiment d’injustice.

Pourtant, si votre adolescent vous parle de ce qu’il a vécu, ce n’est pas forcément pour vous faire du mal.

Bien souvent, il cherche simplement à être entendu.

Votre enfant ne vous attaque pas, il exprime son vécu

Lorsque votre adolescent vous dit :

« Tu ne m’as jamais écouté. »

« Tu préférais toujours mon frère. »

« Tu m’as fait souffrir. »

Il ne cherche pas forcément à raconter une vérité absolue.

Il vous parle de son ressenti.

Et son ressenti mérite d’être accueilli.

Il est inutile de chercher immédiatement à savoir qui a raison ou qui a tort. Et sans doute que s’il l’a ressenti, c’est qu’il a raison de son point de vue. 

L’important est de comprendre que, si votre enfant a vécu les choses ainsi, c’est que cette expérience l’a marqué.

Évitez le piège du « oui, mais… »

Notre premier réflexe est souvent de nous défendre.

« Oui, mais je travaillais beaucoup. »

« Oui, mais moi aussi j’ai souffert avec mes parents. »

« Oui, mais tu ne te rends pas compte de tout ce que j’ai fait pour toi. »

Pourtant, ces réponses ferment souvent le dialogue. Votre adolescent ne se sent plus écouté.

Il a l’impression que ses émotions sont minimisées. Il élèvera alors la voix pour tenter d’être enfin entendu.

Vous aussi, et s’ensuivra une dispute et cette dispute est parfois le point de non retour. 

S’excuser ne vous enlève pas votre place de parent

Beaucoup de parents pensent que présenter des excuses revient à reconnaître qu’ils ont été de mauvais parents. C’est faux.

Ou c’est vrai. Nous faisons tous des erreurs. Nous avons nous même reproché des choses à nos parents, et nos parents à leurs parents, et ainsi de suite.

Personne ne reçoit un mode d’emploi en devenant père ou mère.

Dire :

« Je suis désolé que tu l’aies vécu comme ça. »

ou

« Je comprends que cela t’ait fait souffrir. »

n’est pas un aveu d’échec. C’est une preuve de maturité émotionnelle. De même que c’est une maturité émotionnelle et une étape importante pour leur développement que de vous reprocher des choses. C’est ce qu’on appelle en psychologie « Tuer le père ». 

Personnellement, lorsque mes enfants me parlent d’une situation qui les a blessés, je les écoute.

Parfois, je ne me souviens même plus de l’événement.

Mais ce n’est pas parce que je ne m’en souviens pas que leur souffrance n’existe pas.

Alors je m’excuse.

Non parce que je pense avoir été une mauvaise mère, mais parce que je reconnais qu’à ce moment-là, ils ont été blessés.

Les enfants ne nous appartiennent pas

En tant que parents, nous avons choisi de mettre un enfant au monde.

Nous avons la responsabilité de répondre à ses besoins, de le protéger, de l’accompagner et de l’aider à grandir.

Mais nos enfants ne nous appartiennent pas.

Ils auront leur propre personnalité.

Leurs propres rêves.

Leurs propres blessures.

Leurs propres expériences.

Nous ne faisons pas des enfants pour qu’ils nous soient redevables.

Nous les accompagnons vers leur autonomie.

Une phrase qui peut transformer votre relation

Lorsque votre adolescent est en colère, essayez simplement de lui dire :

« Je vois que cela t’a beaucoup touché. Peux-tu me raconter ce que tu ressens ? »

Puis écoutez.

Sans interrompre.

Sans vous justifier.

Sans préparer votre réponse.

Être écouté est souvent le premier pas vers l’apaisement.

Les émotions ont besoin d’être entendues

Un adolescent qui exprime sa colère n’est pas forcément un adolescent irrespectueux.

C’est souvent un jeune qui cherche à mettre des mots sur ce qu’il ressent.

Lorsqu’un parent accueille cette émotion avec calme et bienveillance, il montre à son enfant qu’il a le droit d’exprimer ce qu’il vit.

C’est ainsi que l’on construit une relation de confiance.

Une relation où chacun peut prendre la responsabilité de ses actes, reconnaître ses erreurs et avancer ensemble.

Parfois, derrière les conflits entre parents et adolescents se cachent aussi des blessures plus anciennes, des schémas familiaux ou des transmissions inconscientes. Les comprendre permet souvent de retrouver une communication plus sereine et de rétablir un lien plus profond entre les générations.

Mon conseil 

Une copine est un jour venu en séance. Son fils avait quitté la maison quelques années auparavant, et n’avait plus donné de nouvelles. Là il revenait, avec un sac remplis de reproche. Elle s’énerva contre lui face à ces reproches, ils se disputèrent tant et si bien qu’il partit énervé. 

Je dis à ma copine, ton fils avait raison, il te disais ses sentiments, et toi tu n’as pas voulu écouter. 

Elle me répondit « mais Emilie, c’est pas facile, j’étais mère seule, … ». Elle avait raison aussi de son point de vue. Mais je lui ai dit « ce n’est pas de toi qu’on parle, c’est de ton fils et de ce qu’il a ressenti ». Elle comprit, elle ne savait comment rattraper la chose. 

Je lui conseilla :  » Invite le à manger, seulement toi et lui, sans ta fille et ton copain. Prépare lui son repas préféré. Et là, dit lui que tu as entendu tout ce qu’il t’a dit, ça t’a fait mal, mais excuse toi pour tout ce que tu as pu faire qui a pu le blesser. Parlez ensemble , écoute le et ne parle pas de toi. Laisse le parler de lui et seulement de lui. « 

C’est le conseil que je donne à chaque personne qui a besoin de discuter. C’est efficace, ça apaise les relations et ça marche pour tous les sujets, pas seulement les adolescents en colère.