Lily et l’oiseau : un film poignant sur le deuil périnatal

Certains films racontent une histoire. D’autres viennent toucher une blessure universelle. Lily et l’oiseau fait partie de ces œuvres qui parlent avec beaucoup de délicatesse de la perte d’un enfant, de la solitude du deuil et de la difficulté à continuer à vivre lorsque tout semble s’être arrêté.

Le film ne cherche jamais à donner de réponses toutes faites. Il montre simplement deux êtres qui s’aiment profondément mais qui ne parviennent plus à se rejoindre après la mort de leur bébé.

Le décès de Katy : quand la vie s’arrête brutalement

Lily et Jack viennent d’avoir une petite fille, Katy. Ils préparent sa chambre, imaginent leur avenir de parents, lorsque survient l’impensable : la mort subite du nourrisson.

À partir de cet instant, chacun entre dans un deuil qui lui est propre.

Jack s’effondre immédiatement. Incapable de faire face à sa souffrance, il tente de mettre fin à ses jours en laissant tourner le moteur de sa voiture dans son garage. Après cette tentative de suicide, il choisit d’être hospitalisé en psychiatrie.

Lily, elle, adopte une réaction presque opposée.

Elle reprend son travail.

Elle continue à vivre.

Ou plutôt… elle survit.

Son quotidien paraît normal mais son monde intérieur est complètement figé.

Deux façons différentes de vivre un même deuil

L’un des grands intérêts du film est de montrer que deux parents peuvent aimer leur enfant tout autant et pourtant vivre leur deuil de manière radicalement différente.

Jack est submergé.

Lily fonctionne.

Mais aucun des deux ne va réellement bien.

Le couple ne se soutient plus.

Non pas parce qu’il ne s’aime plus.

Mais parce que chacun est prisonnier de sa propre douleur.

C’est une réalité souvent observée lors du deuil périnatal : les conjoints avancent rarement au même rythme, ce qui peut créer une immense incompréhension.

Les étapes du deuil évoquées dans le film

L’une des scènes les plus marquantes survient lorsque Lily rencontre Monsieur Fine.

Ancien psychologue devenu vétérinaire, il perçoit rapidement ce qu’elle traverse.

Lorsqu’il lui demande si elle connaît les étapes du deuil, Lily répond que non.

Il lui explique alors calmement :

« Vous êtes dans la colère. »

Elle lui demande alors :

« Et après ? »

Il répond :

« La dépression. »

Avec un humour profondément triste, elle répond :

« Chouette… »

Cette scène résume parfaitement la manière dont le film aborde le deuil : sans grands discours, mais avec beaucoup d’humanité.

Le film fait ici référence au modèle des cinq étapes décrit par Elisabeth Kübler-Ross :

  • le déni ;
  • la colère ;
  • le marchandage ;
  • la dépression ;
  • l’acceptation.

Même si, dans la réalité, ces étapes ne sont ni linéaires ni obligatoires, elles permettent parfois de mettre des mots sur ce que ressent une personne endeuillée.

Monsieur Fine : le vétérinaire qui soigne aussi les humains

Monsieur Fine est sans doute le personnage le plus symbolique du film.

Ancien psychologue, il a choisi de devenir vétérinaire.

Pourtant, il n’a jamais cessé d’écouter les êtres humains.

À travers les animaux, il aide finalement leurs propriétaires à comprendre leurs propres blessures.

Il n’interprète pas.

Il n’impose rien.

Il accompagne.

Sa présence est discrète mais essentielle.

L’étourneau : une métaphore du deuil

Le véritable fil conducteur du film est un étourneau qui attaque régulièrement Lily dans son jardin.

Au départ, cet oiseau représente uniquement une nuisance.

Elle le déteste.

Elle tente de détruire son nid.

Elle finit même par en empoisonner un.

Puis elle culpabilise immédiatement.

Peu à peu, sa relation avec cet animal évolue.

Lorsque l’un des oiseaux est blessé, elle décide de le sauver.

Elle l’emmène chez Monsieur Fine.

Elle le soigne.

Elle le nourrit.

Elle lui donne son traitement toutes les deux heures.

Sans vraiment s’en rendre compte, elle prend enfin soin d’un être vivant après avoir perdu son enfant.

Les étourneaux vivent toujours à deux

L’une des plus belles scènes du film est sans doute celle où Monsieur Fine explique à Lily que les étourneaux ne vivent pas seuls.

Ils construisent leur nid ensemble.

Ils élèvent leurs petits ensemble.

Ils cherchent leur nourriture ensemble.

Ils traversent la vie ensemble.

Cette simple explication agit comme une révélation.

Lily comprend qu’elle ne peut pas continuer seule.

Elle comprend surtout que Jack souffre autant qu’elle.

La colère, la culpabilité et l’impuissance

Tout au long du film, Lily exprime sa colère de multiples façons.

Elle échange les meubles de la chambre de Katy.

Elle modifie les étiquettes dans le magasin où elle travaille.

Elle tente de détruire le nid.

Elle lance une pierre sur l’oiseau.

Puis elle regrette immédiatement son geste.

Cette alternance entre violence et culpabilité traduit parfaitement le sentiment d’impuissance vécu par de nombreux parents endeuillés.

Comme elle le dira plus tard à un collègue :

« Parfois, il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler. Plus vite on l’apprend, plus vite on lâche prise. »

Une phrase qui résume une partie essentielle du travail de deuil.

Jack : apprendre à vivre avec l’absence

Pendant son hospitalisation, Jack refuse longtemps les soins.

Il cache même ses médicaments dans sa chaussure.

Il refuse de voir Lily.

Il sait qu’elle ne l’abandonnera jamais.

Puis, progressivement, quelque chose change.

Il accepte enfin de parler.

Il reconnaît sa peur.

Il comprend qu’il souhaite continuer à vivre.

Non pas parce que la douleur disparaît.

Mais parce qu’il veut désormais la traverser avec Lily.

L’arbre sans interrupteur : accepter que tout ne fonctionne plus comme avant

Le dessin réalisé par Jack constitue une autre magnifique métaphore.

Il dessine un arbre destiné à cacher un interrupteur.

L’infirmier lui fait remarquer qu’il manque un trou.

Jack répond :

« Est-ce vraiment nécessaire ? »

L’infirmier lui répond finalement :

« Non… on peut le laisser comme ça. »

Plus tard, Lily lui dira simplement :

« On fera un trou. »

Cette phrase paraît anodine.

Pourtant, elle symbolise tout le chemin parcouru.

Le couple n’essaie plus de retrouver sa vie d’avant.

Il accepte qu’elle soit différente.

Et décide malgré tout de continuer ensemble.

Prononcer enfin le prénom de Katy

Vers la fin du film, Jack évoque naturellement la chambre de Katy.

Il prononce enfin son prénom.

Sans pleurer.

Ce n’est pas parce qu’il l’a oubliée.

C’est parce que son souvenir n’est plus uniquement associé à la souffrance.

Comme le lui avait annoncé son psychologue :

« Un jour, vous prononcerez son prénom sans pleurer. »

Cette scène représente sans doute l’acceptation.

Non pas l’oubli.

Mais une nouvelle manière d’aimer un enfant absent.

L’envol de l’étourneau : la reconstruction

Lorsque Lily relâche enfin l’étourneau guéri, celui-ci peine d’abord à reprendre son envol.

Puis il finit par retrouver le ciel.

Cette scène symbolise parfaitement la reconstruction après un traumatisme.

On ne repart pas immédiatement.

On hésite.

On tombe parfois.

Puis, un jour, on reprend son envol.

Une lecture psychogénéalogique

Sous l’angle de la psychogénéalogie, ce film illustre une réalité essentielle : un traumatisme touche rarement une seule personne.

Il bouleverse tout le système familial.

Lorsque chacun reste enfermé dans sa souffrance, les liens se distendent.

À l’inverse, lorsque les émotions peuvent être exprimées, reconnues et entendues, un nouvel équilibre devient possible.

Le film montre également qu’il n’existe pas une bonne manière de faire son deuil.

Chaque personne possède son propre rythme.

L’important n’est pas de vivre le deuil de la même façon, mais de continuer à rester en lien malgré les différences.

Mon avis

Lily et l’oiseau est un film profondément humain qui aborde avec beaucoup de pudeur le deuil périnatal, la dépression, la culpabilité et la reconstruction du couple.

L’étourneau n’est pas seulement un animal : il devient le miroir des émotions de Lily. D’abord perçu comme une menace, il finit par représenter ce qu’elle refuse d’affronter, puis ce qu’elle apprend progressivement à accepter.

Le film rappelle enfin une vérité essentielle : le deuil ne consiste pas à oublier la personne aimée, mais à apprendre à vivre avec son absence. Jack et Lily ne retrouvent pas leur ancienne vie. Ils construisent simplement une nouvelle façon d’avancer ensemble, avec leur histoire, leurs blessures… et l’amour qu’ils continuent de porter à leur fille Katy.