Oui mais… : quand la thérapie devient un chemin vers soi
« Après avoir créé l’univers, les dieux se demandèrent où cacher la vérité. Sur la plus haute montagne ? Au fond des mers ? Sur la face cachée de la Lune ? Finalement ils dirent : cachons-la dans le cœur de l’homme. Il la cherchera partout sans se douter qu’elle se trouve au plus profond de lui-même. »
C’est avec ce proverbe hindou que commence le film Oui mais…, réalisé avec Gérard Jugnot dans le rôle du thérapeute Erwan et Émilie Dequenne dans celui d’Églantine.
Derrière une histoire d’amour adolescente se cache en réalité une réflexion profonde sur nos blessures, nos loyautés familiales, nos mécanismes de défense et notre difficulté à devenir pleinement responsable de notre vie.
Églantine : une adolescente prisonnière des émotions familiales
Églantine semble être une jeune fille brillante, avec de bonnes notes et une relation naissante avec Sébastien. Pourtant, derrière cette apparente normalité, elle porte une lourde charge émotionnelle.
Elle vit avec une mère fragile, dépressive, qui boit lorsqu’elle souffre, et un père distant qui cherche ailleurs ce qu’il ne trouve plus dans son couple.
Sans même s’en rendre compte, Églantine devient la personne qui doit maintenir l’équilibre familial.
Elle surveille sa mère.
Elle culpabilise lorsqu’elle sort.
Elle renonce à ses propres envies pour éviter de provoquer une crise.
C’est un mécanisme fréquent dans certaines familles : un enfant prend une place qui n’est pas la sienne et devient responsable du bien-être émotionnel de ses parents.
Les jeux psychologiques : ces scénarios qui se répètent
Erwan explique une notion essentielle dans le film : les jeux psychologiques.
Un jeu psychologique est une interaction répétitive où chacun tient inconsciemment un rôle.
Ce ne sont pas de vrais jeux amusants. Ce sont des scénarios relationnels qui se répètent toujours de la même manière.
Comme le dit Erwan :
« Quand vous vous disputez, c’est toujours le même scénario. Ça commence toujours de la même façon et ça finit toujours de la même façon. Dans mon métier, on appelle ça un jeu. »
Dans ces jeux, chacun connaît sa place.
Une personne attaque.
Une autre se défend.
Une troisième tente de réparer.
Et chacun retrouve une forme de sécurité dans un fonctionnement pourtant douloureux.
Le triangle dramatique : victime, persécuteur, sauveteur
Une des grandes notions thérapeutiques du film est le triangle de Karpman.
Erwan explique :
« Dans les jeux psychologiques, comme dans les tragédies ou les contes de fées, les rôles principaux sont toujours les mêmes : victimes, persécuteurs, sauveteurs. »
La victime
» La victime c’est celle ou celui qui se fait avoir, qui se met toujours dans des situations pénibles, qui se plaint. Mais comme la victime peut rarement faire cela toute seule, il lui faut un partenaire » dit Erwann Moenner dans le film. Elle se sent impuissante, incomprise, elle souffre et cherche quelqu’un qui puisse régler son problème.
Le persécuteur
Il critique, accuse, rabaisse ou impose sa vision.
Erwann Moenner : « Victime et Persécuteur s’entendent généralement très bien, mais la victime peut attirer un Sauveteur ».
Le sauveteur
Il veut aider à tout prix. Il apporte des solutions, parfois même quand personne ne lui demande.
Erwann Moenner: « Le sauveteur est celui qui vient au secour des autres, il est persuadé que les autres ont besoin de ses solutions. Qu’ils ne pourraient pas s’en sortir sans lui. »
Mais derrière le rôle du sauveur se cache parfois une difficulté : empêcher l’autre de vivre ses propres expériences.
Comme le dit Erwan :
« S’aider oui. Sauver non. »
Cette phrase est au cœur du film.
Aimer quelqu’un ne signifie pas porter sa vie à sa place.
Le fameux « Oui mais… » : une résistance au changement
Le titre du film vient d’un mécanisme psychologique très courant.
Quelqu’un demande de l’aide, explique son problème, puis refuse toutes les solutions proposées.
- Oui mais ce n’est pas possible…
- Oui mais j’ai déjà essayé…
- Oui mais les autres ne changeront jamais…
Erwan explique :
« Monsieur Chanto fait croire qu’il cherche une solution. Mais dès qu’on lui en propose une, il s’ingénie à la dénigrer. Dans mon métier, on appelle ça un jeu psychologique : “Oui mais…” »
Ce fonctionnement permet inconsciemment de rester dans une situation connue.
Changer signifie quitter un territoire familier, même lorsque ce territoire fait souffrir.
Pourquoi restons-nous dans des situations qui nous font souffrir ?
Erwan pose une question essentielle :
Pourquoi continuer à jouer à des jeux qui nous détruisent ?
Sa réponse est profonde :
« On joue pour avoir les seuls signes de reconnaissance auxquels on nous a habitués, qu’ils soient agréables ou désagréables. »
Même une relation douloureuse peut sembler rassurante lorsqu’elle correspond à un schéma connu depuis l’enfance.
Certaines personnes préfèrent une souffrance connue plutôt qu’une liberté inconnue.
La responsabilité : reprendre son pouvoir intérieur
Le travail d’Églantine avec Erwan consiste à comprendre qu’elle ne peut pas changer sa mère.
Elle peut seulement changer sa manière de réagir.
Une phrase importante du film :
« Si l’égoïsme était de voler à l’autre sa responsabilité ? »
Cette réflexion est fondamentale dans l’accompagnement thérapeutique.
Vouloir sauver quelqu’un peut parfois empêcher cette personne de reprendre son propre pouvoir.
La métaphore du papillon : accepter le chemin de transformation
Erwan raconte une histoire :
« Un promeneur voit un papillon sortir de sa chrysalide. Il veut l’aider. Mais sans l’effort de sortir de la chrysalide, le papillon ne peut plus voler. »
Cette métaphore représente parfaitement le processus thérapeutique.
Accompagner quelqu’un ne signifie pas supprimer toutes ses difficultés.
Le thérapeute accompagne la personne pour qu’elle découvre ses propres ressources.
La thérapie brève : comprendre plutôt que chercher un coupable
Églantine pense qu’une thérapie doit durer des années.
Erwan lui explique qu’il pratique une thérapie brève.
L’objectif n’est pas de chercher éternellement pourquoi un problème existe, mais de comprendre suffisamment pour pouvoir agir autrement.
Il utilise une image :
« Si vous tombez dans une fosse à purin, vous faites quoi ? Vous sortez de la merde, vous prenez une douche et vous cherchez comment vous êtes tombé dedans. »
Une phrase pleine d’humour mais qui résume une approche thérapeutique :
Comprendre le passé est utile, mais rester prisonnier du passé empêche d’avancer.
Les blessures familiales et la transmission inconsciente
Une grande partie du film parle de ce que nous transmettons sans le vouloir.
Églantine porte la croyance de sa mère :
« Les hommes sont tous pareils. »
Cette phrase devient presque une programmation intérieure.
Elle influence sa manière de voir l’amour et ses relations.
Le travail thérapeutique consiste alors à différencier :
- ce qui appartient à nos parents,
- ce qui appartient à notre histoire,
- ce que nous choisissons aujourd’hui.
Apprendre à poser des limites
Le moment clé du changement d’Églantine arrive lorsqu’elle ose dire à sa mère :
« Lache moi, Laisse-moi vivre. »
Cette phrase représente une séparation symbolique.
Elle ne rejette pas sa mère.
Elle reconnaît simplement qu’elle a le droit d’exister en dehors d’elle.
Poser une limite n’est pas un manque d’amour.
C’est parfois une nouvelle manière d’aimer.
La guérison n’est pas devenir parfait
À la fin du film, Églantine sais qu’elle n’a pas résolu tous ses problèmes.
Erwan lui répond avec humour :
« Vous êtes sortie de la fosse à purin, vous avez pris une bonne douche. Vous pouvez encore comprendre pourquoi vous êtes tombée dedans. »
La thérapie ne promet pas une vie sans difficulté.
Elle apprend à traverser les difficultés autrement.
Comme le dit Églantine :
« S’il fait nuit de temps en temps, ça ne veut pas dire que le soleil n’existe plus. »
Oui mais… est bien plus qu’une comédie sur une adolescente et son premier amour.
C’est une réflexion sur la famille, les blessures invisibles, la dépendance affective et la liberté intérieure.
À travers Églantine, chacun peut reconnaître une partie de lui-même : celle qui cherche à être aimée, comprise et reconnue.
La véritable transformation commence lorsque nous cessons d’attendre que les autres changent et que nous décidons de reprendre notre propre chemin. Notre changement, entraine le changement de nos proches.